Le textile vient d’entrer dans une nouvelle ère industrielle. Le Zhejiang Humanoid Robot Innovation Center, basé à Haishu près de Ningbo, vient de signer une commande ferme de 2 000 robots humanoïdes avec Jack Technology, le premier producteur mondial de machines à coudre industrielles. C’est, selon les deux acteurs, le tout premier déploiement de masse d’humanoïdes dans l’industrie de la confection.
Les machines seront personnalisées pour l’assemblage textile, un terrain longtemps considéré comme la dernière frontière de l’automatisation industrielle. Là où la robotique a maîtrisé l’acier et les pièces rigides depuis les années 1980, le tissu souple, ondulant et imprévisible reste un défi technique majeur. La commande place la Chine en position de tête sur ce segment précis.

Une commande qui structure toute une filière régionale
Le Zhejiang Humanoid Robot Innovation Center, fondé il y a deux ans dans le district de Haishu, s’est spécialisé dans les briques d’intelligence incarnée et le développement d’humanoïdes pleine échelle. Il a déjà sorti trois générations de robots et fourni plusieurs scénarios industriels chinois, notamment chez Beko pour ses lignes d’électroménager exportées dans plus de 100 pays.
Côté client, Jack Technology n’est pas un nouveau venu. Le groupe basé à Taizhou, fondé en 1995, est devenu en quatorze ans le numéro un mondial des machines à coudre industrielles en volume. Sa marque Aitu, dédiée à l’intelligence artificielle et à l’embodied AI, lance d’ailleurs son propre humanoïde adapté à la confection au second semestre 2026. Le partenariat avec le centre de Zhejiang lui permet d’accélérer son déploiement industriel avant même la sortie de son produit maison.
Linping, laboratoire grandeur nature
Jack Technology vient de poser la première pierre d’un second siège de 52 000 m² à Linping, à Hangzhou. Le site, livraison prévue en 2028, abritera la R&D de la marque Aitu. Linping n’a pas été choisi au hasard : la zone produit près de 80 % des vêtements pour femmes du style hangzhou. Pour Jack Technology, c’est un laboratoire vivant où ses robots peuvent itérer en temps réel sur des chaînes de production réelles, un avantage que les acteurs occidentaux, privés d’une telle base manufacturière concentrée, auront du mal à reproduire.
Un signal pour H&M, Levi’s et l’industrie du reshoring
La nouvelle dépasse la simple commande chinoise. Avec une main-d’œuvre qui se renchérit en Asie du Sud-Est et une pression politique croissante pour rapatrier la production près des marchés finaux, des marques comme Levi Strauss et H&M scrutent depuis plusieurs années toute percée capable d’automatiser la couture. Si Jack Technology et Zhejiang Humanoid réussissent leur pari, ils ouvriront aux groupes occidentaux la possibilité concrète de relocaliser des lignes de production sans repasser par les coûts de main-d’œuvre européens ou américains.
Concrètement, ces humanoïdes devraient gérer la préhension du tissu, l’alignement des pièces et l’alimentation des machines à coudre, là où les robots traditionnels échouent par manque de perception fine et de dextérité. Le centre de Zhejiang et Jack Technology n’ont pas communiqué de calendrier précis de livraison pour les 2 000 unités, ni de prix unitaire, mais le format de la commande, ferme et chiffré, marque un tournant par rapport aux annonces de prototype habituelles dans le secteur.
Pékin pousse, Morgan Stanley confirme
La signature s’inscrit pleinement dans la trajectoire dessinée par le 15e Plan quinquennal 2026-2030 de Pékin, qui place la robotique d’intelligence incarnée au cœur de la stratégie industrielle nationale. Morgan Stanley voyait la semaine dernière dans les humanoïdes chinois le prochain levier d’export de la Chine, calqué sur le playbook des véhicules électriques. Avec une commande de 2 000 unités directement liée à une marque mondiale comme Jack Technology, le scénario prend forme plus vite que prévu. Le marché mondial du textile a dépassé le seuil des 1 000 milliards de dollars de valorisation en 2026 : celui qui contrôle les algorithmes guidant les aiguilles redéfinira la géographie de la mode.