La plupart des fondateurs de la défense lèvent des fonds sur la base d’un slide et d’une promesse. Christian Fredrik Eggesbø a fait l’inverse. Au moment où sa start-up Six Robotics a décroché son premier investissement institutionnel, l’armée norvégienne utilisait déjà ses drones. La jeune pousse basée à Oslo vient de boucler un tour de table de 12 millions d’euros mené par DTCP Defence, avec le fonds public danois EIFO et le capital-risqueur copenhaguois Scale Capital.

Un opérateur, un essaim entier
Six Robotics développe Valkyrie, une plateforme logicielle qui permet à un seul opérateur de piloter un essaim de drones coordonnés pendant une mission, au lieu de manœuvrer chaque appareil séparément. Le logiciel gère la planification autonome, la répartition des tâches en temps réel et la décision embarquée. Surtout, il fonctionne avec des drones de constructeurs différents : le client n’est pas enfermé dans un seul type d’appareil.
Concrètement, plutôt qu’un opérateur dirigeant un drone unique, un soldat peut lâcher un essaim au-dessus d’une zone contestée. Le logiciel découpe la recherche, repère les cibles potentielles, et laisse l’humain prendre la décision finale. L’entreprise revendique une « autonomie d’essaim comme multiplicateur de force », pensée pour les situations où le brouillage et les communications coupées rendent les systèmes mono-drone inopérants.
Une crédibilité bâtie sur un client réel
L’armée norvégienne a reçu et testé les essaims Valkyrie, développés en lien étroit avec l’établissement de recherche de défense norvégien (FFI), avec des exercices conjoints menés aux côtés de la Suède et de la Finlande. Le FFI a aussi signé un accord de licence permettant à Six Robotics de commercialiser plus largement la technologie. Rares sont les start-up de logiciel de défense capables de prouver un usage militaire actif avant même de lever des fonds institutionnels, et l’entreprise en fait son principal argument.
Fondée en 2023 par Eggesbø, ancien des forces spéciales norvégiennes, la société est passée de cinq à près de 90 salariés, essentiellement avec un financement de proches avant ce tour de table. « L’autonomie collaborative définira la prochaine décennie de la défense. L’Europe ne peut pas se permettre de dépendre des autres pour le logiciel qui décide de ce que ses forces peuvent faire », plaide le fondateur.
Un petit ticket dans un marché qui flambe
Comparé aux géants européens du secteur, le montant paraît modeste. L’allemande Helsing s’apprêtait à lever 1,2 milliard de dollars à une valorisation de 18 milliards quand l’opération a été annoncée. La portugaise Tekever a réuni 400 millions de livres en 2025, l’allemande Quantum Systems 180 millions d’euros au-delà de 3 milliards de valorisation. Mais les modèles diffèrent : Helsing et Quantum Systems fabriquent leur propre matériel, tandis que Six Robotics se concentre uniquement sur le logiciel, en couche de contrôle pour des drones que le client possède déjà.
Cette approche réclame moins de capital, mais impose d’exceller dans l’intégration et la confiance plutôt que dans la démonstration de matériel. Le marché des systèmes d’essaims de drones pesait environ 3,18 milliards de dollars en 2026 et devrait atteindre 8,28 milliards en 2030, soit 27 % de croissance annuelle. La vraie question pour Six Robotics : convaincre les pays de l’OTAN avant qu’un rival mieux financé ne rafle la mise.