SoftBank est en discussions avancées pour réinvestir 300 millions de dollars dans Agile Robots, la licorne munichoise de la robotique industrielle. Le tour total devrait approcher les 800 millions de dollars et servira à étendre la capacité de production de l’humanoïde Agile ONE, dont l’assemblage démarre cette année en Bavière.
L’information a été révélée le 2 juin par TradingKey. Il s’agit du deuxième investissement de SoftBank dans la société allemande, après son rôle de chef de file dans le tour Series C de 220 millions de dollars bouclé en 2021. Ce tour avait fait d’Agile Robots la première licorne allemande de la robotique. Quatre ans plus tard, Masayoshi Son remet au pot pour sécuriser sa place dans la chaîne de valeur du Physical AI européen.

Un spin-off du DLR devenu géant
Fondée à Munich en 2018, Agile Robots est un essaimage de l’Institut de Robotique et Mécatronique du Centre Aérospatial Allemand (DLR). Son fondateur, le Dr Zhaopeng Chen, en a été le directeur adjoint d’un des laboratoires. La société emploie aujourd’hui plus de 3 200 personnes et a réalisé 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Elle développe des bras robotiques intelligents, des solutions d’automatisation d’entrepôt et désormais un humanoïde industriel complet.
Agile ONE, annoncé fin 2025 à Munich, doit entrer en production de série début 2026 dans son usine bavaroise. Foxconn, BMW et Volkswagen figurent déjà parmi ses clients. Le choix d’une production allemande, à rebours d’une délocalisation vers la Chine, est un pari politique autant qu’industriel. Agile Robots mise sur la souveraineté technologique européenne à un moment où la guerre des composants robotiques fait rage entre Washington, Pékin et Berlin.
Le puzzle Physical AI de SoftBank
Cette injection s’inscrit dans une stratégie cohérente. SoftBank construit méthodiquement son écosystème Physical AI : Arm fournit l’architecture des puces, OpenAI les modèles de langage, et les data centers (notamment l’annonce récente de 75 milliards d’euros pour les Hauts-de-France) la capacité de calcul. En octobre 2025, le groupe japonais a aussi racheté la division robotique d’ABB pour 5,375 milliards de dollars, captant un canal de vente industriel mature.
Agile Robots vient compléter ce puzzle sur un segment précis : l’intelligence incarnée, soit la perception et la manipulation fine. Là où ABB excelle dans l’automation industrielle à grande échelle, la société munichoise apporte la dextérité et le savoir-faire académique du DLR. Le tout dans un format humanoïde compatible avec les lignes de production existantes.
Marché tiède, vision longue
L’action SoftBank a perdu plus de 3 % le 3 juin, juste après l’annonce. Les analystes pointent un impact financier négligeable à court terme. Avec une marge nette hypothétique de 10 % pour Agile Robots et une participation de 20 % de SoftBank, la contribution annuelle aux profits ne dépasserait pas 6 millions de dollars. Soit 0,02 % du bénéfice net projeté à 31,7 milliards de dollars pour l’exercice 2025.
Le calcul de Masayoshi Son ne se joue pas sur le trimestre. Il cherche à verrouiller sa place dans la chaîne de valeur de l’intelligence incarnée avant que les valorisations ne s’envolent davantage. Barclays vient justement d’estimer le marché des humanoïdes à 200 milliards de dollars d’ici 2035, contre 2 à 3 milliards aujourd’hui. SoftBank fait son lit en Allemagne, où l’industrie automobile et manufacturière offre un terrain de jeu immédiat pour Agile ONE.
Sources : TradingKey, Agile Robots
