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Starship Technologies passe la barre des 10 millions de livraisons autonomes avec une flotte de 3 000 robots dans 8 pays

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Le robot de livraison cesse d’être un gadget de campus. Starship Technologies a annoncé le 1er mai avoir franchi la barre des 10 millions de livraisons autonomes réalisées par sa flotte. La société basée à San Francisco opère désormais plus de 3 000 robots dans huit pays et revendique 22 millions de kilomètres parcourus en conditions réelles, ainsi qu’environ 200 millions de traversées de routes effectuées par ses appareils.

Robot de livraison autonome Starship Technologies en circulation
Un robot Starship Technologies en circulation. Crédit : Starship Technologies

Deux traversées de route par seconde

Les chiffres bruts donnent une idée de la cadence atteinte. La flotte Starship effectue plus de 125 000 traversées de routes par jour, soit environ deux par seconde. Le tout en autonomie de niveau 4, c’est-à-dire sans opérateur humain en supervision constante. Ahti Heinla, cofondateur de l’entreprise et ancien architecte en chef de Skype, présente l’étape comme un basculement : le sujet n’est plus de prouver la technologie mais de la passer à l’échelle, intégrée aux plateformes de livraison existantes.

Starship a été fondée en 2014 par les anciens cadres de Skype Ahti Heinla et Janus Friis. La société a longtemps avancé en arrière-plan des annonces plus médiatiques d’Amazon Scout (abandonné depuis), de Nuro ou de Coco Robotics. La trajectoire est désormais celle d’un opérateur logistique, pas d’un labo qui teste un prototype.

Royaume-Uni, États-Unis, Allemagne, Suisse : un déploiement multi-pays

Les robots Starship circulent désormais en Estonie, en Suède, en Suisse, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Le maillage commercial s’est densifié ces derniers mois. Au Royaume-Uni, Just Eat utilise les robots dans plusieurs villes Tech Town comme Barnsley et Sunderland. À Prague, foodora s’est associé pour livrer des repas chauds, notamment de chez McDonald’s. L’an dernier, Starship a signé un accord global avec Uber Eats pour étendre les livraisons autonomes en Europe cette année, puis aux États-Unis l’année prochaine. Costa Coffee vient également d’annoncer une intégration commerciale.

Les campus universitaires américains restent le terrain de jeu où Starship a forgé son modèle. Une enquête menée auprès de 5 000 étudiants sur 65 campus rapporte que près de 40 % d’entre eux estiment que les robots ont amélioré leur accès à la nourriture, et 60 % disent qu’ils leur ont permis d’éviter de sauter un repas. Heinla qualifie ce contexte universitaire de « fondationnel » : un environnement contrôlé qui a permis d’affiner la technologie et de bâtir la confiance avant un déploiement urbain.

Vandalisme et résistance urbaine

Le passage à l’échelle apporte aussi son lot de difficultés. Le mois dernier, dans une banlieue de Sheffield, un robot Starship s’est fait plier sa perche de visibilité jusqu’au sol. Quelques jours plus tard à Leeds, des étudiants ont jeté un autre appareil dans une haie, occasionnant des dégâts. Ces incidents restent rares à l’échelle de la flotte, mais ils posent la question de la cohabitation entre robots de livraison et espaces publics partagés, alors que d’autres acteurs comme Coco Robotics ou Avride pointent les mêmes problèmes aux États-Unis.

L’autre tension concerne l’emploi. Les robots de livraison s’inscrivent souvent dans une logique d’optimisation des coûts du dernier kilomètre, où les coursiers humains sont déjà sous pression. Starship et ses concurrents argumentent qu’il s’agit avant tout de combler une demande non couverte, en particulier sur des trajets courts ou peu rentables. La réalité s’écrira dans les politiques tarifaires des plateformes partenaires comme Uber Eats, Just Eat ou foodora.

Un point de bascule pour le robot de service

Avec ce cap des 10 millions de livraisons et un déploiement opérationnel sur trois continents, Starship rejoint le club encore restreint des robots de service réellement à l’échelle commerciale. Le marché reste fragmenté : Coco Robotics opère à Los Angeles et au Royaume-Uni, Avride a obtenu des autorisations dans plusieurs villes américaines, Kiwibot circule sur des campus, et Cartken s’est fait remarquer avec ses partenariats logistiques chez Mitsubishi. Mais les chiffres bruts d’autonomie réelle, pas de simulation, restent l’argument le plus solide pour convaincre les municipalités encore réticentes.