Plier le linge dans une maison qu’il n’a jamais vue, avec des vêtements qu’il n’a jamais touchés : le robot Memo de la startup californienne Sunday Robotics vient de passer ce cap avec un taux de réussite supérieur à 99 %. Derrière cette performance, un nouveau modèle d’intelligence artificielle baptisé ACT-2, présenté jeudi par la société.
Un problème vieux comme la robotique
Depuis des décennies, les robots domestiques se heurtent au même obstacle : ce qui fonctionne dans un labo s’effondre dès qu’on change de pièce ou de t-shirt. Un robot entraîné à plier des jeans est perdu face à une écharpe. Sunday Robotics dit avoir résolu cette limitation structurelle avec ACT-2.
Le modèle entraîne Memo en deux étapes. D’abord, des techniciens portent des gants capteurs fabriqués en interne pour environ 200 dollars, dont la forme et les capteurs reprennent exactement ceux des mains de Memo. Leurs gestes quotidiens sont enregistrés et traduits directement en mouvements robot. Ensuite, la flotte de robots de Sunday prend le relais en s’entraînant elle-même à améliorer ses erreurs en quelques minutes.
« Les performances de Memo dans notre bureau se transfèrent presque parfaitement à ses performances dans la nature », explique Tony Zhao, PDG et cofondateur de Sunday Robotics. La startup a passé plusieurs mois à tester le modèle chez des employés et dans des Airbnbs pour valider la généralisation.
Un nouveau standard industriel : le « Solve »
Sunday en profite pour proposer une nouvelle métrique sectorielle, baptisée « Solve ». Elle vise à distinguer les vraies capacités des démos soigneusement orchestrées qui omettent le nombre de tentatives ou les conditions de test. Selon Zhao : « Chaque démo compare des pommes et des oranges. On ne sait pas si on progresse. »
Concrètement, un « Solve » certifie qu’un robot maîtrise une tâche précise, dans quelles conditions, et avec quel niveau d’assistance humaine. Sunday considère que plier le linge est la première capacité « Solve » validée de Memo. L’objectif : enchaîner d’autres certifications pour couvrir progressivement les tâches ménagères courantes.
Un robot positionné sur la maison, pas l’usine
Sunday Robotics a délibérément choisi de s’attaquer à la maison, terrain moins prévisible que l’usine mais plus symbolique. Pour Tony Zhao, c’est la voie la plus directe vers une intelligence artificielle physique généraliste capable d’opérer dans n’importe quel environnement réel.
La startup compte aujourd’hui plus de 100 employés. Elle a levé 165 millions de dollars début 2026 lors d’un tour de table qui valorise Sunday à 1,15 milliard de dollars. Parmi ses investisseurs, le fonds Conviction. « 2026 sera l’année où le calendrier pour les robots domestiques autonomes se réduira de manière très drastique », prédit Zhao.
Sunday n’est pas seul sur ce créneau. Plusieurs startups travaillent également sur des robots ménagers. Mais la revendication d’un taux de réussite à 99 % en environnement inconnu place ACT-2 au niveau d’un saut qualitatif rare dans le secteur, où les chiffres affichés sont habituellement bien plus prudents.

