Un bill municipal de Washington D.C. est devenu aujourd’hui le terrain de jeu d’une confrontation qui depasse largement les limites de la capitale americaine. Uber et Waymo, deux partenaires commerciaux qui se retrouvent regulierement en opposition sur les questions de politique, s’affrontent lors d’une audition du Conseil de D.C. sur le texte B26-0684, qui autoriserait pour la premiere fois des operations commerciales de robotaxis entierement sans chauffeur dans la ville.
Le bill DC : qu’est-ce qu’il change
Introduit par le Conseiller Charles Allen en mai dernier, le bill B26-0684 vise a mettre a jour l’Autonomous Vehicle Act de 2012. En pratique, il donnerait au DDOT (District Department of Transportation) l’autorite de delivrer des permis de test et de deploiement commercial de vehicules sans conducteur. Les entreprises souhaitant obtenir un permis devraient justifier d’au moins 5 millions de dollars de couverture responsabilite civile et transmettre les donnees d’accidents dans un delai de 8 heures pour les flottes commerciales, 72 heures pour les vehicules prives.
Aujourd’hui a Washington D.C., seules des entreprises comme Waymo et Zoox sont autorisees a tester des vehicules autonomes avec un operateur de securite humain a bord. Le bill changerait cette donne radicalement.
Uber refuse : le risque de monopole Waymo
Uber s’oppose a ce bill. La raison officiellement avancee par Javi Correoso, responsable des affaires publiques aux Etats-Unis pour Uber, est que le texte tel qu’il est redige favoriserait un acces exclusif aux vehicules autonomes : « Nous avons deja vu dans d’autres juridictions comment une approche reglementaire defaillante en premier acces exclusif peut perturber une ville. »
Uber milite a la place pour un « modele hybride » : les platforms de mobilite devraient legalement proposer des options avec conducteur humain ET avec robotaxi. Selon Correoso, « si un consommateur est sur l’application, il devrait pouvoir choisir. » Et d’aller plus loin : « Je pense que cela devrait faire partie du cadre reglementaire. Il devrait y avoir une exigence pour que les consommateurs puissent prendre un trajet conduit par un humain. »
En filigrane, la position d’Uber est industriellement coherente : l’entreprise s’appuie sur des millions de chauffeurs independants. Chaque vehicule autonome deploye remplace statistiquement environ quatre conducteurs selon les donnees citees par Correoso lui-meme.
Waymo soutient le bill et y voit une ouverture de marche
Waymo, filiale d’Alphabet qui exploite la plus grande flotte de robotaxis des Etats-Unis dans des villes comme Los Angeles, Phoenix et San Francisco, soutient activement le bill DC. Pour la societe, l’autorisation des vehicules sans conducteur favoriserait le deploiement en toute securite, faciliterait l’acces aux transports pour les seniors et les personnes a mobilite reduite, et serait compatible avec les reseaux de transport en commun existants.
Le contexte est cependant complique pour Waymo. La semaine du 4 juillet, lors d’un embouteillage monstre provoque par le feu d’artifice de San Francisco, plusieurs robotaxis Waymo sont tombes en panne de batterie et ont du etre depannes. Jonathan Morrison, le directeur de la NHTSA, a depuis adresse une directive a tous les developpeurs de vehicules autonomes : l’incapacite a detecter et reagir correctement aux situations d’urgence « represente une insuffisance fonctionnelle » qui doit etre corrigee immediatement.
Un bras de fer qui depasse Washington D.C.
Le bill DC ne sera probablement pas vote avant la fin de l’annee, et les parties souhaitent qu’il passe avant que la maire Muriel Bowser quitte ses fonctions en janvier 2027. Mais les arguments echanges lors de l’audition d’aujourd’hui vont bien au-dela de la capitale.
La rupture recente du partenariat Uber-Waymo a Phoenix fin juin, les tensions latentes dans les accords encore actifs d’Atlanta et d’Austin, et l’appetit regulatoire croissant de la NHTSA dessinent un paysage dans lequel les regles du jeu des vehicules autonomes seront decidees dans les prochains mois dans plusieurs villes americaines simultanement. Ce que Washington D.C. tranche aujourd’hui servira de reference pour les prochaines batailles.
