Chine et Asie

UBTech propose 18 millions de dollars par an pour recruter un chef scientifique en IA incarnee

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

124 millions de yuans par an, soit environ 18 millions de dollars. C’est le salaire que UBTech Robotics est pret a verser pour attirer un chief scientist capable de piloter sa strategie en intelligence artificielle incarnee. L’offre, revelee par Bloomberg le 3 avril 2026, place le fabricant chinois d’humanoides au niveau des packages les plus agressifs de la Silicon Valley.

Un recrutement qui vaut declaration de guerre

Le poste n’est pas un simple intitule honorifique. UBTech cherche un profil capable de definir la feuille de route complete de ses robots humanoides : modeles vision-langage-action (VLA), fondations pour robots generiques et manipulation dextre. Le salaire de base demarre a 15 millions de yuans (2,18 millions de dollars), avec un package total pouvant atteindre les 124 millions en comptant primes et actions.

Robot humanoide UBTech Walker S dans un environnement de bureau moderne
Illustration RoboActu

A ce niveau de remuneration, UBTech ne rivalise plus avec d’autres fabricants de robots. L’entreprise de Shenzhen joue dans la meme cour qu’OpenAI, Google DeepMind et Anthropic, qui se livrent deja une surenchere pour attirer les meilleurs chercheurs en IA. Chez OpenAI, certains packages depassent les 10 millions de dollars. UBTech fait presque le double.

Pourquoi maintenant ?

Le timing n’est pas un hasard. UBTech a multiplie par 23 ses ventes de robots humanoides en 2025, atteignant 1 079 unites Walker S deployees chez Foxconn, Siemens et d’autres industriels. L’entreprise, fondee en 2012 par Jian Zhou (ancien professeur a l’Universite chinoise de Hong Kong), veut passer du stade de la demonstration au deploiement massif. Pour y arriver, il lui faut un cerveau logiciel a la hauteur de ses ambitions materielles.

Le goulot d’etranglement de toute l’industrie humanoide se trouve exactement la : creer des systemes capables de comprendre des instructions en langage naturel, de s’adapter a des environnements inconnus et de prendre des decisions autonomes. Figure AI, soutenu par OpenAI et Microsoft, a leve 675 millions de dollars cette annee. Tesla itere sur Optimus. Boston Dynamics et Apptronik accelerent vers le deploiement commercial. Le hardware avance vite, mais la vraie course se joue sur le logiciel.

La guerre des cerveaux, version Chine

Cette offre reflète une realite plus large de l’ecosysteme technologique chinois. Pekin a fait de l’autosuffisance en IA une priorite nationale. Les entreprises des secteurs strategiques (robotique, semi-conducteurs) beneficient d’un soutien gouvernemental, de politiques favorables et d’un acces privilegie aux talents locaux. Le probleme : la Chine manque encore de chercheurs de premier plan par rapport aux Etats-Unis et a l’Europe.

Proposer des packages qui rivalisent avec ceux de la Silicon Valley est une facon de combler ce deficit, ou du moins de freiner la fuite des cerveaux. UBTech n’est d’ailleurs pas seul dans cette demarche. AGIBOT, Unitree et d’autres fabricants chinois recrutent aussi activement a l’international, tandis que les geants americains tentent de retenir leurs propres talents face a la montee des offres asiatiques.

Reste la question centrale : 18 millions de dollars suffisent-ils pour construire le cerveau d’un robot capable de fonctionner de maniere autonome dans le monde reel ? La reponse dépendra autant du talent recrute que de l’ecosysteme que UBTech saura batir autour de lui.