Deux vulnérabilités attribuées au robot humanoïde Unitree G1 permettaient d’obtenir des privilèges administrateur à portée Bluetooth, selon une recherche publiée par Olivier Laflamme. Baptisée UniBLEed, la chaîne d’exploitation traverse l’application mobile, le service cloud et le logiciel embarqué du robot.
Les failles ont reçu les identifiants CVE-2026-76639 et CVE-2026-76640. Le chercheur a communiqué ses résultats à l’équipe de sécurité de Unitree avant leur publication. Il précise que le constructeur disposait déjà de correctifs pour la grande majorité, voire la totalité des problèmes décrits, certains restant internes au moment de la mise en ligne.
Une commande Bluetooth sans appairage
Le point d’entrée le plus direct se trouvait dans une caractéristique Bluetooth Low Energy acceptant des écritures sans appairage. En combinant cette faiblesse avec un dépassement de tampon de 1 050 octets dans le serveur Bluetooth, la démonstration parvenait à détourner l’exécution du logiciel et à lancer des commandes avec les droits root.
Cette étape n’était toutefois qu’une partie du parcours. Le protocole du G1 utilise une clé AES pour protéger les échanges. D’après l’analyse, une interface cloud pouvait renvoyer la clé d’un robot à n’importe quel compte Unitree authentifié, sans vérifier que ce compte était bien lié à la machine concernée. Un attaquant proche devait donc posséder un compte gratuit, mais pas être propriétaire du robot ciblé.
Une autre faiblesse dans la base de connaissances du chatbot embarqué permettait de lire des fichiers hors du chemin prévu. Cette fuite aidait à retrouver l’adresse de chargement du programme, information utile pour rendre l’exploitation du dépassement de tampon plus fiable.
Une divulgation coordonnée sur plusieurs mois
La chronologie publiée commence fin avril, lorsque le chercheur reçoit un G1 EDU. La chaîne complète est confirmée le 25 juin, puis transmise à Unitree. Le constructeur vérifie les résultats dans les jours suivants et ajoute entre juillet et début août un contrôle reliant le compte cloud au robot avant de retourner la clé de chiffrement.
Unitree a versé une prime totale de 6 700 dollars pour les découvertes rapportées au cours de la recherche, dont 4 000 dollars pour la chaîne Bluetooth. Les deux identifiants CVE ont été réservés le 20 août et le constructeur a donné son accord à la publication le 27 août.
Un risque différent de celui d’un ordinateur classique
Une prise de contrôle à distance est déjà grave sur un équipement informatique. Sur un humanoïde mobile, elle touche aussi des actionneurs, des caméras et des fonctions de locomotion. Le périmètre de sécurité doit donc englober le cloud, l’application, les protocoles radio et les calculateurs embarqués, et pas seulement le réseau local du robot.
Le billet décrit un état observé pendant la période de recherche et ne doit pas être lu comme un inventaire garanti des versions encore vulnérables. Les propriétaires de G1 ont intérêt à appliquer les mises à jour fournies par Unitree et à vérifier auprès du constructeur les versions corrigées. UniBLEed rappelle surtout que l’arrivée de robots polyvalents dans des lieux accessibles impose des procédures de mise à jour et de divulgation aussi rigoureuses que pour les équipements industriels connectés.


