Et si un robot pouvait explorer Mars indéfiniment sans jamais manquer d’énergie pour se déplacer ? C’est le pari de WANDER-bot, un prototype développé à l’université de Cranfield au Royaume-Uni. Ce petit robot marcheur, entièrement imprimé en 3D, utilise le vent comme seule source d’énergie pour ses déplacements.
Le projet a été présenté dans l’édition du 22 mars d’IEEE Spectrum, la référence mondiale en robotique, qui le cite comme l’une des innovations les plus originales de la semaine.
Le problème de la batterie dans les robots d’exploration
Dans la plupart des robots actuels, les déplacements représentent environ 20 % de la consommation totale de la batterie. Pour les missions longue durée dans des environnements isolés — déserts, régions polaires, surfaces planétaires — cette contrainte est rédhibitoire. Les recharges solaires se dégradent avec le temps, et les générateurs radioisotopes (RTG) sont coûteux et lourds.
WANDER-bot contourne ce problème d’une manière élégante : il n’a tout simplement pas de batterie pour ses pattes. Le mouvement est entièrement mécanique, déclenché par un turbine éolienne de type Savonius fixée sur le châssis. Le vent fait tourner la turbine, qui entraîne directement les jambes articulées via le mécanisme de Jansen.
Le mécanisme de Jansen, inspiré d’un artiste
Le mécanisme de Jansen est une invention de l’artiste néerlandais Theo Jansen, créateur des célèbres Strandbeesten — ces sculptures mécaniques géantes qui se déplacent sur la plage grâce au vent. Ce mécanisme à bielles transforme un mouvement rotatif en une marche fluide qui imite celle d’un animal.
Dr Saurabh Upadhyay et Sam Kurian, ingénieur en recherche spatiale à Cranfield, ont adapté ce principe pour WANDER-bot. Toutes les pièces sont imprimées en 3D avec une conception délibérément simple. En théorie, on pourrait imprimer et assembler un WANDER-bot n’importe où, y compris sur Mars, avec une imprimante portable — et fabriquer des pièces de rechange sur place en cas de casse.

Pour des environnements hostiles et lointains
Les cibles d’application sont claires : déserts très venteux, régions polaires, et autres planètes. « Il y a de nombreux défis quand il s’agit d’exploration robotique », explique Dr Upadhyay. « La capacité des batteries limite la portée, et la complexité technologique limite la capacité de réparation dans un environnement où la présence humaine serait minimale. »
WANDER-bot représente la première étape vers des robots peu coûteux, réparables et autonomes capables d’opérer dans ces conditions. Le prototype actuel est une démonstration de principe : il prouve qu’un robot peut se déplacer uniquement grâce au vent. La prochaine étape sera de lui donner la capacité de changer de direction et de traverser des terrains plus accidentés.
La recherche a été soutenue par le UK-RAS Network+ et financée par le Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC) britannique. Le prototype a été présenté à la conférence ASTRA de l’Agence spatiale européenne en 2025.
Un robot qu’on peut construire partout
Ce qui distingue WANDER-bot des robots d’exploration habituels, c’est son accessibilité. Pas de composants exotiques, pas d’électronique complexe pour le mouvement. Un fichier de conception, une imprimante 3D, et du vent. Les futures versions pourraient intégrer des capteurs autonomes ou des modules de communication avec leurs propres petites batteries légères — mais le système de locomotion, lui, resterait gratuit.
Dans un secteur dominé par des missions à plusieurs centaines de millions de dollars, WANDER-bot incarne une philosophie opposée : explorer plus, dépenser moins, réparer sur place.
Source : Cranfield University, via IEEE Spectrum Video Friday
