SoftBank prépare une introduction en bourse à 100 milliards de dollars pour Roze, une nouvelle filiale dédiée à la construction de data centers IA et à la robotique. Le groupe japonais veut introduire la société à Wall Street dès cette année, selon le Financial Times.
L’annonce, relayée le 30 avril par le FT puis reprise par CNBC, TechCrunch et Benzinga, marque un tournant dans la stratégie de Masayoshi Son. Plutôt que d’empiler les paris sur des éditeurs de logiciels d’IA, le patron de SoftBank veut désormais posséder l’infrastructure sur laquelle tournent ces modèles : la terre, l’énergie, les centres de calcul, et les robots qui les construisent.
Une filiale qui mêle hardware ABB et chantiers américains
Roze ne partira pas d’une feuille blanche. SoftBank prévoit d’y loger plusieurs actifs déjà détenus par le groupe : terrains, ressources énergétiques, projets d’infrastructure aux États-Unis, et surtout ABB Robotics, dont le rachat a été acté en octobre 2025. ABB est l’un des leaders mondiaux des bras robotiques industriels et de l’automatisation, avec des références dans l’automobile, l’électronique et la logistique.
L’idée du marché que vise SoftBank est précise. Les data centers consommés par les grands modèles IA ne se construisent plus assez vite. Le goulot d’étranglement n’est plus seulement les puces, c’est la capacité physique d’ériger les bâtiments, de tirer les câbles haute tension et de poser les baies. Roze proposera donc une combinaison d’ingénierie, de hardware ABB et de chantiers automatisés, vendue comme une solution clé en main aux opérateurs cloud.
Une bourse pour soulager les promesses Stargate et OpenAI
Le calendrier n’est pas neutre. Depuis début 2025, SoftBank est partie prenante du projet Stargate, l’engagement à 500 milliards de dollars annoncé avec OpenAI et Oracle pour bâtir des centres de calcul aux États-Unis. Le conglomérat a également engagé plus de 30 milliards dans OpenAI, qui reste déficitaire. Les actionnaires s’inquiètent depuis plusieurs trimestres de la capacité du groupe à financer cette accumulation.
Une cotation de Roze à 100 milliards apporterait une bouffée d’oxygène en faisant entrer du capital extérieur sans diluer la maison mère. Selon TechCrunch, certains cadres souhaitent boucler l’opération dès la deuxième moitié de 2026. Le timing reste néanmoins fragile : tensions au Moyen-Orient, volatilité des marchés de capitaux et regard suspicieux des régulateurs américains sur les méga-IPO peuvent décaler le projet.
Pourquoi c’est un signal pour le secteur
Si Roze entre effectivement en bourse à cette valorisation, ce sera l’une des plus grosses introductions liées à l’IA, et la première à porter exclusivement sur l’infrastructure physique. Ce serait aussi un signal fort envoyé aux concurrents : Microsoft, Google, Amazon et Meta investissent massivement dans leurs propres centres, mais aucun ne dispose encore d’un bras industriel autonome capable de les construire à la chaîne.
Le détail intéressant, c’est l’arrivée d’ABB Robotics dans le périmètre. Le groupe suisse pèse environ 12 milliards de dollars de chiffre d’affaires en automatisation et possède une expertise sur les bras de soudage, les cobots et les chaînes logistiques. Coupler ce savoir-faire à des contrats clés en main de gigafactories de calcul serait un mouvement industriel inédit. Le Vision Fund de SoftBank, qui a publié 2,4 milliards de dollars de gains au trimestre de décembre 2025 grâce à OpenAI, financerait l’amorçage avant le passage en bourse.
Reste une question, et elle est posée à voix haute par les analystes japonais. Roze est moins un nouveau pari de Son qu’un véhicule pour rendre lisible une portion de son portefeuille. La rentabilité réelle de la combinaison data centers + robotique reste à démontrer hors du contexte actuel de boom IA.
Sources : CNBC, TechCrunch, The Decoder, Tech Startups.