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Genesis AI sort GENE-26.5 et une main robotique grandeur humaine, premier vrai produit de la franco-américaine après les 105 millions levés

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

La startup franco-américaine Genesis AI lève le voile mercredi 6 mai sur GENE-26.5, son premier modèle de fondation pour la robotique, et accompagne l’annonce d’une main robotique inédite à l’échelle humaine. La jeune pousse parisienne, fondée fin 2024 par Théophile Gervet (ex-Mistral AI) et le chercheur Zhou Xian (Carnegie Mellon), avait levé 105 millions de dollars en seed l’été dernier auprès d’Eclipse, Khosla Ventures, Bpifrance, Eric Schmidt et Xavier Niel. Elle livre aujourd’hui sa première démonstration publique.

Un modèle de fondation pensé pour la dextérité

GENE-26.5 est ce que Zhou Xian décrit comme un cerveau robotique généraliste. Là où les LLM classiques traitent du texte, ce modèle apprend à coordonner perception et mouvement pour piloter des tâches manuelles complexes. Genesis AI a publié une vidéo qui montre le système préparer un repas, casser un œuf, découper une tomate, mixer un smoothie, mener une expérience de laboratoire, jouer du piano et résoudre un Rubik’s Cube. Les démos qui durent plusieurs minutes sont rares dans la robotique, où la plupart des prototypes peinent à enchaîner deux gestes différents.

Le modèle est conçu pour piloter à la fois les robots maison de la startup et ceux d’autres constructeurs. C’est un point clé de la stratégie. Genesis AI ne veut pas être un fabricant de plus, mais le fournisseur d’intelligence pour l’industrie. Concrètement, le modèle peut s’installer sur des humanoïdes ou des bras industriels existants pour leur donner accès à un répertoire de tâches qu’ils ne maîtrisaient pas.

Une main robotique de la taille d’une main humaine

L’autre annonce du jour, c’est le hardware. Genesis AI a conçu sa propre main robotique, à la même taille et la même forme qu’une main humaine, plutôt que les pinces à deux doigts utilisées par la plupart des constructeurs. L’objectif est double. Réduire l’écart morphologique entre la machine et l’humain pour pouvoir réutiliser directement les données de mouvements humains. Et permettre des manipulations fines, comme tenir un couteau ou saisir un œuf sans le casser.

Pour entraîner cette main, l’entreprise a aussi développé un gant équipé de capteurs tactiles, à porter par les opérateurs sur leur lieu de travail. Le gant est aussi léger et facile à enfiler que les gants de sécurité utilisés en industrie. Il enregistre les gestes du porteur, qui sont ensuite convertis en compétences robotiques. Théophile Gervet l’explique sans détour : la valeur du gant est qu’on peut le porter pendant qu’on fait son métier, qu’on soit technicien de laboratoire pharmaceutique ou opérateur d’usine. Le tout est complété par des vidéos en vue subjective filmées par les opérateurs et par d’énormes volumes de vidéos disponibles en ligne.

Paris, Californie, Londres : une stratégie tri-continentale

Genesis AI est basée à Paris et en Californie, et vient d’ouvrir un bureau à Londres. L’équipe compte 60 personnes, réparties à 40-45 % en Europe et 50-55 % aux États-Unis, et recrute activement sur les trois sites. Théophile Gervet justifie le choix de l’Europe par la densité de talents en IA et en robotique sur le continent.

La société est soutenue par un casting d’investisseurs hors norme. Outre Eclipse et Khosla Ventures qui ont co-piloté la seed, on retrouve Bpifrance, l’ex-CEO de Google Eric Schmidt, le fondateur d’Iliad Xavier Niel, la roboticienne Daniela Rus du MIT et le chercheur Vladlen Koltun. Eric Schmidt a salué l’annonce comme un jalon important pour l’industrie. Aucune startup robotique européenne n’avait jusque-là réuni un tel pool de seed.

Un robot complet annoncé pour bientôt

GENE-26.5 n’est qu’un début. Zhou Xian a confirmé à TechCrunch que Genesis AI préparait son premier robot généraliste, un modèle complet et pas seulement une paire de mains. Le PDG n’a pas donné de date, mais la prochaine fenêtre de communication évidente serait VivaTech à Paris en juin, où la startup pourrait organiser une démonstration spectaculaire sur ses terres.

Reste la question de la commercialisation des gants à capteurs. Théophile Gervet reconnaît que les opérateurs qui porteraient ces gants pour entraîner les robots qui les remplaceront pourraient demander une compensation. Le détail n’est pas encore tranché. Genesis dit aussi pouvoir s’appuyer sur des partenaires tiers payés pour collecter de la donnée si les entreprises clientes ne partagent pas la leur. La startup a en parallèle son propre programme d’entraînement à partir de vidéos internet.

Sources : TechCrunch, Reuters, The Robot Report, Maddyness.