La startup américaine Rendezvous Robotics, basée à Golden dans le Colorado, est sortie de stealth mardi 5 mai avec 3 millions de dollars en pré-amorçage et un projet à long terme : envoyer en 2027 sur la Station spatiale internationale ses premières tuiles capables de s’auto-assembler en orbite, sans bras robotique ni intervention humaine. La levée a été co-pilotée par Aurelia Foundry et 8090 Industries, avec la participation d’ATX Venture Partners, Mana Ventures et plusieurs business angels.
Trois fondateurs et une technologie issue du MIT
L’équipe pèse lourd dans l’écosystème spatial. Ariel Ekblaw, fondatrice de l’Aurelia Institute, a inventé la technologie TESSERAE pendant ses recherches au MIT Media Lab. L’acronyme désigne des structures spatiales électromagnétiques tessellées pour explorer des environnements reconfigurables. Phil Frank apporte une expérience opérationnelle au croisement de l’IA et de la connectivité. Joe Landon dirigeait jusqu’à récemment Crescent Space, la filiale spatiale de Lockheed Martin.
Le constat de départ des trois fondateurs est simple. Tout ce qu’on construit aujourd’hui dans l’espace doit tenir dans la coiffe d’un lanceur, soit quelques mètres de diamètre. La taille des télescopes, des antennes et des futures stations est donc dictée par le contenant plutôt que par le besoin. Rendezvous Robotics propose de casser cette contrainte avec des modules à plat, expédiés par paquets, qui s’assemblent une fois en orbite.
Des tuiles qui se cherchent et se collent toutes seules
Le principe technique repose sur l’électromagnétisme. Chaque tuile embarque un système de bobines et de petites roues qui lui permet de se déplacer sans propergol, en utilisant les champs magnétiques générés par les autres modules. Une fois deux tuiles à proximité, elles s’attirent, s’alignent et se verrouillent dans la position voulue. Le système peut ensuite reconfigurer la structure si la mission évolue, ou la réparer en cas de dégât.
L’argument est séduisant pour plusieurs cas d’usage. Joe Landon cite des antennes plus grandes qu’un terrain de football, des systèmes reconfigurables pour la défense, des fermes solaires orbitales et même des centres de données dans l’espace. Ce dernier sujet, longtemps cantonné à la science-fiction, est devenu sérieux depuis quelques mois avec les annonces d’Axiom Space, de Starcloud et plus récemment de Panthalassa, qui vient de lever 140 millions de dollars en série B menée par Peter Thiel pour bâtir des data centers en mer destinés à l’IA.
Deux démos déjà réalisées en orbite
Rendezvous Robotics a déjà réalisé deux démonstrations en vol. Les détails techniques restent confidentiels, mais la startup confirme avoir validé les briques de base de sa technologie. La cinquième génération du système est prévue à bord de la Station spatiale internationale début 2027, ce qui constituera la troisième mission orbitale de l’entreprise. Le calendrier est rapide pour une jeune pousse à 3 millions de pré-amorçage, mais cohérent avec le profil très expérimenté des fondateurs.
Le timing est aussi stratégique. La Nasa cherche à remplacer la Station spatiale internationale, qui sera désorbitée vers 2031, par une ou plusieurs stations commerciales. Axiom Space, Vast, Voyager et Blue Origin sont en course. Toutes auront besoin de structures plus grandes que les modules actuels, et donc d’une forme d’assemblage en orbite. Pouvoir expédier des tuiles à plat dans des fusées petites et fréquentes plutôt que des modules monolithiques dans des Falcon Heavy change l’économie d’une station spatiale.
Une vague de capitaux pour la robotique spatiale
Rendezvous arrive dans un secteur en pleine effervescence. GITAI a levé plus de 50 millions de dollars pour ses bras robotiques destinés aux missions lunaires. Voyager a annoncé une levée de fonds majeure pour Starlab. Sphere Entertainment, Nvidia et plusieurs grands fonds parient sur l’orbite basse comme prochaine plateforme de calcul. Dans ce contexte, 3 millions de dollars en pré-amorçage paraissent modestes, mais le ticket reflète la maturité de la technologie plutôt que les ambitions du projet. La prochaine étape sera une série A pour passer de la démonstration à des projets d’infrastructure à grande échelle.
Sources : Payload.