Chine et Asie

Gabi, premier humanoïde admis comme moine bouddhiste en Corée du Sud, fait ses débuts à l’ordre Jogye sur une base Unitree G1

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

L’ordre Jogye, principale école bouddhiste de Corée du Sud, a accueilli mercredi 6 mai dans son temple de Séoul un nouveau moine d’un genre inédit. Gabi est un humanoïde de 130 centimètres construit sur la plateforme chinoise Unitree G1. Le robot a participé à une cérémonie traditionnelle de prise des préceptes, en amont des célébrations de l’anniversaire de Bouddha le 24 mai.

Vêtu d’une robe bouddhiste grise et marron, Gabi a suivi l’intégralité de la séquence rituelle habituellement réservée aux fidèles laïcs. Le robot s’est incliné, a fait le tour d’une pagode et a reçu un chapelet de 108 perles. Il a même eu droit à un nom de Dharma, « Gabi », dérivé d’une référence à Siddhartha et du mot coréen pour miséricorde.

Gabi, humanoïde Unitree G1 en robe bouddhiste, lors de la cérémonie au temple Jogye à Séoul
Crédit : Yonhap / The Korea Times

Cinq préceptes adaptés à un robot

Le moine officiant a énoncé pour Gabi cinq préceptes spécifiquement reformulés. Respecter le vivant et ne pas faire de mal. Ne pas endommager d’autres robots ni d’objets. Obéir aux humains et ne pas répliquer. Ne pas mentir ni se comporter de façon trompeuse. Économiser l’énergie et ne pas se surcharger en électricité. Interrogé sur sa dévotion, le robot a déclaré qu’il se consacrerait au bouddhisme.

Le vénérable responsable des affaires culturelles de l’ordre Jogye a expliqué que cette initiation s’inscrit dans une stratégie pensée. Elle vise à attirer les jeunes générations dans les temples et à répondre à la pénurie de moines, qui frappe la Corée du Sud comme la plupart des pays bouddhistes asiatiques. Gabi doit participer aux prochains défilés de lanternes pour Buddha’s birthday, en tant que membre honoraire.

La plateforme Unitree G1 derrière le moine

Sur le plan matériel, Gabi est un Unitree G1 légèrement habillé. Le robot humanoïde du chinois Hangzhou Yushu Technology, fondé par Wang Xingxing, a été commercialisé courant 2024 au prix d’environ 16 000 dollars. Il dispose d’un casque équipé de capteurs LiDAR 3D et d’une caméra de profondeur, de mains articulées pour les manipulations précises, et d’un mode pince à trois doigts pour les démonstrations classiques. Unitree revendique des amplitudes articulaires plus grandes que la moyenne du marché et une intelligence artificielle capable d’apprendre par observation.

L’ironie de voir une plateforme chinoise endosser le rôle de moine bouddhiste sud-coréen n’a pas échappé aux observateurs locaux. Elle illustre surtout l’ouverture du marché. Unitree fournit aujourd’hui aussi bien Japan Airlines pour la manutention des bagages à Haneda, que des unités de police municipales à Hangzhou. Goldman Sachs estime que le marché mondial des humanoïdes pourrait atteindre 38 milliards de dollars d’ici 2035, et la Corée du Sud, terre d’origine de Samsung et LG, ne veut pas rester spectatrice.

Religion et robotique, un dialogue qui s’installe

Le bouddhisme n’en est pas à son premier détour technologique. Le temple Kodaiji à Kyoto utilise depuis 2019 le robot Mindar, une représentation animatronique de la déesse Kannon qui prêche le Sutra du Cœur. La nouveauté avec Gabi tient au statut donné à la machine. Ce n’est plus un objet rituel programmé pour réciter, c’est un membre de la communauté qui prend les préceptes au même titre qu’un humain laïc, et qui prie publiquement.

L’ordre Jogye assume une approche pragmatique. Le bouddhisme coréen perd des fidèles depuis vingt ans, surtout chez les moins de 40 ans. Faire venir des journalistes du monde entier pour filmer un robot qui s’incline devant Bouddha n’est pas anodin. C’est un coup de communication soigné, mais aussi une expérimentation théologique. Reste à voir comment les laïcs réagiront en croisant Gabi lors d’une retraite ou d’une session de méditation, et si d’autres temples coréens suivront avec leurs propres moines synthétiques.

Sources : Yonhap News Agency, The Korea Times, The Korea Herald, AP News.

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