La Chine vient d’ouvrir un centre d’entraînement grandeur nature pour ses humanoïdes. Le 16 mai, à Hangzhou, capitale de la province du Zhejiang, le gouvernement a inauguré le National Pilot Base for Embodied AI Applications, une structure qui réunit plus de 130 robots tournant dans une trentaine de scénarios professionnels différents.

La liste des activités donne le ton : restauration, commerce sans personnel, performances événementielles, inspection de lignes électriques, cueillette de fruits, opérations en fond de puits. Concrètement, c’est une école professionnelle pour robots, conçue pour leur faire accumuler les heures sur des tâches qu’ils devront ensuite reproduire en production.
Hangzhou, capitale silencieuse de la robotique chinoise
Le choix de la ville n’a rien d’un hasard. Hangzhou concentre désormais plus de 700 entreprises dans la chaîne de valeur de la robotique d’IA incarnée. En 2025, ces sociétés ont généré 106,8 milliards de yuans de chiffre d’affaires, soit environ 15,7 milliards de dollars. La ville abrite plus de 80 pour cent des fabricants chinois de robots quadrupèdes et plus de 50 pour cent des entreprises d’humanoïdes du pays, dont Unitree.
Li Xingteng, directeur général adjoint de Hangzhou Embodied Intelligence Pilot Base Technology Co., qui opère le site, résume l’objectif : « Le pilote vise à développer une plateforme qui favorise une collaboration profonde avec les entreprises de robotique au niveau national, ainsi qu’avec les acteurs en amont et en aval de la chaîne industrielle, pour transformer leurs avantages respectifs en forces intégrées. »
Traduction : le secteur reste trop fragmenté. Certaines boîtes excellent dans le contrôle moteur, d’autres dans la fabrication d’effecteurs intelligents, mais personne ne maîtrise toute la pile. La base de Hangzhou prétend forcer cette intégration en mettant les acteurs dans la même cuisine.
Une priorité du 15e Plan quinquennal
Le timing est cohérent avec la stratégie nationale. Le développement des humanoïdes est explicitement identifié dans le 15e Plan quinquennal chinois (2026-2030) comme une industrie d’avenir nécessitant une vision stratégique. En clair, l’État central pousse derrière, comme il l’a fait sur les véhicules électriques et les batteries.
« Nous voulons provoquer des percées dans la robotique chinoise à plusieurs niveaux, y compris les puces fondamentales, les systèmes d’exploitation et les outils de développement, pour cultiver un avantage écosystémique en intelligence incarnée », explique Li Xingteng. Le message vise clairement Nvidia, Qualcomm et les frameworks américains, qui équipent encore largement les humanoïdes chinois.
Le pari de l’accumulation de données
L’autre intérêt du dispositif, moins mis en avant dans la communication officielle, est la collecte massive de données. Chaque robot qui sert un café, inspecte un câble haute tension ou cueille une fraise dans la base de Hangzhou produit des heures d’enregistrements multimodaux. Ces données nourrissent ensuite les modèles VLA, ces fameux Vision-Language-Action qui pilotent la nouvelle génération d’humanoïdes.
Wang Yaonan, membre de l’Académie chinoise d’ingénierie et du comité académique de la base, insiste sur ce point : « La combinaison de percées technologiques continues et de l’amélioration en cours de l’écosystème industriel libérera une innovation plus grande en intelligence incarnée et en robotique. »
Pour mémoire, le secteur souffre d’une pénurie de données d’entraînement réel. Les humanoïdes ont coûté 6 milliards de dollars en 2025 et la plupart galèrent encore à plier une chemise correctement. Figure AI, Tesla et SenseTime construisent leurs propres centres de collecte pour combler le manque. Hangzhou propose la version étatique et mutualisée, accessible à 700 entreprises qui partagent l’infrastructure.
Reste à voir si la France et l’Europe sauront répondre avec un équivalent. Pour l’instant, l’Hexagon Robotics teste son AEON chez Fill Maschinenbau en Autriche, et la Coupe de France de robotique réunit 230 équipes à La Roche-sur-Yon. Côté volume de données accumulé, la Chine joue déjà dans une autre cour.
Source : People’s Daily / Xinhua.
