Kawasaki Heavy Industries va ouvrir un centre de R&D robotique à San Jose, en partenariat avec Nvidia, pour développer ses prochaines générations d’automates avec une couche d’IA physique. L’annonce révélée par Nikkei le 21 mai marque le premier débarquement en force d’un poids lourd industriel japonais sur le sol américain de la physical AI.
Le quotidien économique japonais Nikkei a sorti l’information jeudi : Kawasaki Heavy Industries va installer un centre de développement robotique conjoint à San Jose, en Californie, en collaboration avec Nvidia. Le site sera implanté au cœur de la Silicon Valley, à quelques kilomètres du QG de Nvidia à Santa Clara. Reuters et Nikkei Asia ont confirmé l’information dans la journée.
Ce que Kawasaki vient chercher à San Jose
Kawasaki n’est pas un nouveau venu en robotique. Le constructeur livre depuis quarante ans des bras articulés pour l’automobile et l’électronique, et il a investi le segment des robots de service avec son quadrupède Bex. Mais sur la couche logicielle, en particulier sur l’IA capable de piloter des robots dans des environnements non structurés, le Japon a pris du retard sur la Chine et les États-Unis. Le centre de San Jose vise précisément à combler cet écart.
L’objectif technique du partenariat est d’intégrer la pile de simulation de Nvidia, autour d’Omniverse, Isaac Sim et Cosmos, dans la ligne de produits Kawasaki. Cette approche, devenue standard chez Boston Dynamics, Agility ou Figure, permet de pré-entraîner les robots dans des mondes simulés avant de les déployer en usine. Selon Nikkei, l’effort initial porte sur les applications médicales et la mobilité, deux segments où Kawasaki est déjà bien implanté au Japon.
Microsoft et Fujitsu dans l’équation
Le projet ne se limite pas à un duo Kawasaki-Nvidia. Microsoft et Fujitsu sont également associés. Microsoft apporte son cloud Azure et ses outils de développement IA, Fujitsu apporte son expertise dans les systèmes industriels et les supercalculateurs. La cible de ce consortium élargi est le développement d’un robot quadrupède de nouvelle génération, qui doit s’inscrire dans la lignée de Bex tout en intégrant les modèles de fondation IA récents.
L’angle quadrupède n’est pas anodin. Boston Dynamics avec Spot, Unitree avec ses G1 et B2, Anybotics avec ANYmal et plus récemment Instadrone côté français se sont positionnés sur ce format. Kawasaki, qui avait montré Bex en concept en 2022 sans le commercialiser à grande échelle, repart à la charge avec un avantage technique : la pile simulation de Nvidia, qui réduit drastiquement le temps d’apprentissage pour les tâches complexes.
Pourquoi la Silicon Valley plutôt que Kobe
La question du lieu interroge. Kawasaki dispose de centres R&D en propre à Kobe et Tokyo, et le Japon investit massivement dans la robotique via le programme NEDO. Installer un labo aux États-Unis revient à se rapprocher physiquement de Nvidia, à recruter les profils ML américains qui se font une spécialité de la robotique embarquée, et à participer aux écosystèmes ouverts comme Open X-Embodiment.
C’est aussi un signal politique. Le Japon, comme la Corée du Sud avec Hyundai et Boston Dynamics, a compris que la prochaine bataille industrielle se jouera sur la couche IA, pas sur la mécanique. Et que cette couche se développe d’abord en Californie. Concrètement, Kawasaki rejoint Hyundai Motor Group, qui a annoncé en début de semaine 25 000 humanoïdes Atlas dans ses usines américaines à l’horizon 2028, dans une stratégie d’arrimage Asie-États-Unis pour la robotique avancée.
Pour Nvidia, l’opération s’inscrit dans un plan plus large. Jensen Huang a fait de la physical AI son prochain pilier de croissance, à côté des GPU pour l’entraînement et l’inférence. Faire de la Silicon Valley le point de rencontre obligé des grands roboticiens mondiaux sert cet objectif. ABB et Schaeffler avaient déjà annoncé des collaborations similaires lors du Hannover Messe en avril. Kawasaki en remet une couche, cette fois sur le sol américain.
Calendrier officiel non communiqué, mais le projet est annoncé comme actif. Kawasaki Heavy Industries n’a pas commenté l’information à la publication.


