Une vidéo publiée par Sawyer Merritt le 21 mai donne le premier aperçu clair de la ligne pilote Optimus Gen 3 à Fremont. Tesla a transformé une partie de l’usine qui produisait Model S et Model X en site d’assemblage robotique, et la conversion doit s’achever en juillet ou août pour une montée en cadence visant 50 000 à 100 000 unités cette année.
L’image était attendue. Depuis le lancement officiel de la production pilote Optimus Gen 3 le 21 janvier 2026, Tesla s’était montré particulièrement discret sur l’apparence de sa ligne d’assemblage. La séquence diffusée mercredi par Sawyer Merritt change la donne : on y voit des chassis Gen 3 alignés sur des postes d’assemblage à Fremont, avec une signalétique industrielle classique d’une usine en rodage.
Ce que Gen 3 change vraiment
L’étiquette « Gen 3 » est trompeuse pour qui suit le dossier. Le châssis reste celui de Gen 2 : 173 centimètres, 57 kilos. L’évolution majeure se concentre sur les mains. Optimus Gen 3 embarque 22 degrés de liberté par main et un total de 50 actionneurs répartis sur les avant-bras et les mains. C’est l’élément qui devait débloquer les cas d’usage industriels réels : manipulation de pièces sur une ligne d’assemblage, tri de colis, préhension d’objets fragiles.
Cette concentration sur la dextérité reprend une thèse défendue par Brett Adcock chez Figure AI : tant qu’un humanoïde n’a pas des mains capables de rivaliser avec celles d’un humain, son modèle économique reste limité aux tâches simples. Figure avait répondu avec Helix-02 et son record récent de 101 391 colis triés en 81 heures à Fremont, ironie de l’histoire. Tesla mise sur les mains pour rattraper le terrain.
Fremont, plaque tournante Tesla pour Optimus
La géographie du programme est révélatrice. La section de l’usine de Fremont qui assemblait jusqu’en mai 2026 les Model S et Model X est en cours de conversion en ligne Optimus. La production des deux berlines historiques s’est arrêtée début mai. Tesla annonce une finalisation de la conversion en juillet ou août, avec une capacité annuelle de première génération calibrée pour un million d’unités.
Au-delà de Fremont, la Gigafactory Texas se prépare pour une deuxième ligne Optimus avec un objectif long terme de 10 millions de robots par an, à compter de l’été 2027. Le rythme annoncé est colossal, et il est ouvertement adossé à la promesse de Tesla d’écouler ses humanoïdes auprès de tiers, après usage interne. Hyundai Motor Group et Boston Dynamics visent 30 000 unités Atlas par an dès 2028, à titre de comparaison. Tesla annonce un ordre de grandeur supérieur, mais sans contrats clients connus à ce stade.
50 000 à 100 000 unités en 2026, le test grandeur nature
Pour 2026, le constructeur cible une fourchette de 50 000 à 100 000 Optimus produits. Une cible jugée ambitieuse mais pas irréaliste par les analystes qui ont visité le pilote. La ligne pilote de Fremont sert précisément à fiabiliser le procédé d’assemblage avant la bascule à grande échelle. Toute la question est de savoir si la conversion de l’ancienne ligne Model S et Model X tiendra le calendrier de juillet-août, sachant que la phase de ramp-up automobile à Fremont avait connu des retards historiques sur la Model 3.
Le constructeur n’a pas encore communiqué de bon de commande externe pour Optimus. Elon Musk avait évoqué début 2026 une priorité interne pour les usines Tesla et SpaceX, avant ouverture à des clients tiers vers la fin de l’année. La fenêtre se referme : Hyundai a déjà annoncé 25 000 Atlas, Figure AI fait tourner sa flotte chez BMW Spartanburg, Agibot revendique 10 000 robots livrés. Tesla doit livrer pour exister sur ce marché.
La vidéo du 21 mai apporte donc un signal de production tangible, mais ne dit pas combien d’Optimus sont déjà sortis de cette ligne pilote. Le prochain point d’étape est attendu lors du rapport trimestriel de juillet, où Tesla devrait communiquer ses premiers chiffres de production réelle.

