La Chine vient de lancer un registre national pour ses robots humanoïdes. Chaque machine reçoit désormais un code à 29 caractères qui la suit de l’usine au recyclage, et plus de 28 000 unités sont déjà dans la base avant même l’annonce officielle vendredi 23 mai.
Le programme s’appelle Humanoid Full Lifecycle Management Service Platform. Il est piloté par le comité de standardisation Humanoid Robotics and Embodied Intelligence Standardization, rattaché au ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information. L’objectif est de tracer chaque humanoïde produit en Chine pendant toute sa durée de vie, comme on suit une voiture ou un dispositif médical.
Un code calqué sur l’ID citoyen, mais en plus long
Le code à 29 caractères s’inspire directement de la carte d’identité chinoise, qui en compte 18. Les 11 caractères supplémentaires servent à capturer des données techniques propres aux machines. Concrètement, la structure se découpe en quatre blocs : deux chiffres pour le code pays utile au suivi des exportations, quatre pour identifier le fabricant, six pour le modèle, et dix-sept pour le numéro de série individuel.
Chaque code stocke le constructeur, la référence produit, le numéro de série, les spécifications hardware, le niveau de capacité IA, l’historique d’entraînement logiciel et les registres de production. Le système ne se limite pas à un registre figé. Il fonctionne comme un dossier numérique vivant qui consigne en temps réel l’usure des articulations, la dégradation de la batterie, la précision des mouvements et l’historique de maintenance.
Hubei a déjà enregistré 200 modèles
La plateforme a en réalité démarré en mai dans la province du Hubei, via son Humanoid Robotics Innovation Center. Plus de 28 000 robots issus de 200 modèles différents y étaient déjà inscrits au moment de l’annonce nationale, rapporte la chaîne d’État CCTV. Toute la chaîne de valeur est concernée : fabricants, intégrateurs, distributeurs, utilisateurs finaux et centres de recyclage.
Yu Xiuming, directrice adjointe du China Electronics Standardization Institute, justifie l’initiative par la nécessité de poser des règles avant que le marché ne décolle vraiment. La Chine compte aujourd’hui plus de 100 fabricants d’humanoïdes et a injecté 3,4 milliards de dollars dans la robotique sur les cinq premiers mois de 2025, soit 42 % de plus que les États-Unis et cinq fois le total européen sur la même période.
Une réponse aux questions de responsabilité
Le système comble un vide réglementaire qui s’élargissait à mesure que les déploiements se multiplient. Sans identifiant unique, impossible de savoir qui a fabriqué une machine, quelle version du logiciel elle fait tourner ou comment elle s’est comportée sur le terrain. Si un humanoïde blesse un ouvrier ou endommage du matériel, les régulateurs doivent pouvoir remonter à l’incident, au constructeur et à l’historique opérationnel. L’ID fournit cette chaîne d’information.
Pour les fabricants, c’est à la fois une contrainte et une opportunité. La conformité oblige à transmettre des données techniques détaillées pour chaque unité produite. Mais elle crée aussi un signal qualité vérifiable : un robot bien entretenu, déployé dans ses limites de capacité, affiche un historique propre qui peut peser face à un marché de plus de cent marques sans leader établi.
L’Europe et les États-Unis n’ont pas d’équivalent
Aucun autre grand bloc industriel ne dispose aujourd’hui d’un dispositif comparable. L’AI Act européen classe les systèmes d’IA par niveau de risque mais n’exige pas d’identifiant individuel pour chaque robot physique. Les États-Unis n’ont pas de cadre fédéral d’enregistrement pour les humanoïdes.
La Chine a déjà légiféré sur la recommandation algorithmique en 2022, l’IA générative en 2023 et les contenus synthétiques en 2024. L’ID humanoïde prolonge cette approche en l’étendant à l’IA physique. Pékin traite désormais les humanoïdes comme des entités industrielles qui méritent un suivi cycle de vie, au même titre que les véhicules ou les dispositifs médicaux.
Le timing n’est pas anodin. Le marché mondial des humanoïdes a progressé de 508 % en 2024 selon IDC, avec environ 18 000 unités livrées. State Grid Corporation prévoit de déployer 8 500 robots, humanoïdes et quadrupèdes confondus, pour l’exploitation du réseau électrique chinois. Des plantations de thé du Hubei testent des humanoïdes en plein champ avant les World Robot Games 2026. Et un robot baptisé Lightning a bouclé le semi-marathon de Pékin E-Town en 50 minutes 26 secondes en début d’année, en boostant le record du monde humain de presque sept minutes.
Résultat : pendant que le reste du monde débat encore de la maturité des humanoïdes, la Chine construit l’infrastructure administrative qui les accompagnera quand ils seront partout.
Sources : South China Morning Post, The Next Web, Digital Trends, Biometric Update.
