L’Institut national des sciences et technologies Chung-Shan (NCSIST), principal centre de R&D militaire de Taïwan, a présenté ce mardi 2 juin trois versions opérationnelles d’un robot-chien quadrupède construit par l’américain Ghost Robotics. La démonstration s’est tenue au ministère de la Défense à Taipei, devant la presse. Trois configurations ont été montrées : reconnaissance, surveillance, et appui-feu avec une arme légère montée sur le dos.
Jen Kuo-kuang, directeur adjoint de la division missiles et roquettes du NCSIST, a indiqué que les marines taïwanais avaient exprimé un besoin concret pour ce type d’équipement, sans qu’aucune commande formelle n’ait encore été passée. Les utilisations envisagées concernent les patrouilles sur les plages, le littoral et surtout les îlots disputés du Pacifique.
Cap sur Itu Aba et les Pratas
Concrètement, le NCSIST cible deux zones très exposées au sud de l’île principale. Taïwan contrôle Itu Aba, la plus grande île des Spratleys, et l’ensemble de l’archipel des Pratas, situé à l’entrée nord de la mer de Chine méridionale. Ces îlots n’ont aucune population civile : seule la garde-côtière y est déployée en temps de paix.
La revendication chinoise sur ces zones reste maximaliste, mais les forces chinoises laissent aujourd’hui Itu Aba tranquille. Les Pratas, en revanche, sont devenus le point chaud : Taipei dénonce depuis 2024 une multiplication des patrouilles des garde-côtes chinois et la présence régulière de drones. Le robot-chien permettrait de densifier la présence sans exposer davantage de personnel.
Ghost Robotics, fournisseur historique du Pentagone
Ghost Robotics, basée à Philadelphie, est l’un des principaux fournisseurs de quadrupèdes pour les armées occidentales. Sa plateforme Vision 60 équipe déjà l’US Air Force pour la sécurité périmétrique de bases comme Tyndall ou Cape Canaveral, et a été testée par les marines américains sur des exercices côtiers. La société a également vendu ses robots à la Corée du Sud, à Israël et à plusieurs pays européens.
Le NCSIST a précisé que la couche logicielle et les charges utiles (capteurs IR, caméras EO, brouilleurs, arme légère) sont développées localement par l’institut. Cette intégration souveraine est un point sensible pour Taïwan, qui doit composer avec un embargo technologique chinois et un soutien américain politique fluctuant.
Une réponse asymétrique à la pression du détroit
Cette annonce s’inscrit dans la stratégie de « défense asymétrique » promue par le gouvernement taïwanais depuis 2022 : multiplier les armes peu coûteuses, mobiles et difficiles à neutraliser. Les drones aériens kamikazes sont déjà au coeur de cette doctrine, financés par le programme indigène Hsiang-Yang. Les robots quadrupèdes complètent ce maillage par le sol.
Résultat : pour quelques centaines de milliers de dollars l’unité, Taipei peut déployer un capteur autonome capable de survivre plusieurs jours sur un atoll inhabité, là où chaque rotation de marines coûte cher et expose des vies. La logique est la même que celle observée en Ukraine, où Ghost Robotics fournit déjà des unités aux forces ukrainiennes pour la reconnaissance des tranchées.
Reste la question éthique. La version armée du Q-UGV, avec son fusil monté sur la nuque, soulève les mêmes débats qu’aux États-Unis depuis 2023 : qui décide du tir, et avec quelle supervision humaine. Le NCSIST n’a pas commenté ce point lors de la démonstration.
Source principale : Reuters, 2 juin 2026.