Industrie

Amazon dévoile un nouveau Proteus à qui les opérateurs parlent en langage naturel et confirme 12 milliards de dollars pour l’Europe

Par La Rédaction ⏱ 5 min de lecture

Amazon a profité de son événement « Delivering the Future » organisé le 4 juin 2026 au centre de distribution de Dartford, à l’est de Londres, pour dévoiler une nouvelle génération de son robot autonome Proteus. La machine répond désormais aux instructions en langage naturel, sortira du quai pour parcourir tout l’entrepôt et arrivera en Europe au premier semestre 2027, dans le cadre d’un plan de 12 milliards de dollars annoncé pour le continent.

Le premier Proteus avait été présenté en juin 2022. Il s’agissait d’un robot bas, à la silhouette de tortue, capable de tirer des chariots remplis de colis dans la zone des quais d’expédition. Quatre ans plus tard, Amazon élargit considérablement le périmètre d’usage et change la manière dont les opérateurs lui donnent des ordres.

Vue aérienne d'un entrepôt Amazon avec une flotte de robots Proteus en action
Illustration RoboActu

Un robot qu’on dirige comme un collègue

La principale nouveauté concerne l’interface. Les anciens Proteus se programmaient via un logiciel dédié et un langage de commandes propriétaire. Le modèle présenté à Dartford comprend des consignes formulées à la voix ou par message texte, dans une langue naturelle. « Vous lui dites ce qu’il faut faire. Il s’occupe de la priorité, du chemin et du timing », a expliqué Scott Dresser, vice-président d’Amazon Robotics, à Robert Hart du Verge.

Concrètement, un préparateur de commandes pourra demander à plusieurs Proteus d’aller chercher des conteneurs précis dans des zones différentes, sans passer par un superviseur logistique. Le robot interprète la demande, gère sa propre file d’attente et choisit son itinéraire au fil de l’eau. Cette logique se rapproche des grands modèles de langage embarqués sur les robots Pudu en Chine ou sur le système Helix de Figure AI, où la consigne humaine vient pré-mâcher la planification.

Du quai d’expédition à toute la surface de l’entrepôt

Le périmètre d’usage change aussi d’échelle. Les Proteus actuels, déployés depuis 2022 dans plusieurs centres américains, restent cantonnés aux zones de quai. Le nouveau modèle est conçu pour rouler partout : entre les postes de travail, jusqu’aux camions à leur arrivée, dans les allées de tri et même sur les sites de livraison. Amazon évoque un transport autonome de bout en bout, ce qui correspond à l’usage des robots Kiva géants déployés depuis dix ans dans les entrepôts dits « robotisés » du groupe.

Le robot est testé en interne, dans les laboratoires d’Amazon Robotics. Son arrivée commerciale est annoncée pour le premier semestre 2027, et c’est l’Europe qui doit l’accueillir en premier. Une rupture avec l’habitude maison, qui voit les nouveautés robotiques rester plusieurs années aux États-Unis avant de traverser l’Atlantique.

12 milliards de dollars pour la logistique européenne

Cette feuille de route s’inscrit dans un plan plus large, dévoilé le même jour à Dartford. Amazon confirme un investissement de 12 milliards de dollars (environ 10 milliards d’euros) dédié à ses opérations européennes d’ici 2027. L’argent ira aux centres de tri, aux véhicules de livraison, aux outils d’intelligence artificielle et à la robotique. Le robot Vulcan, doté d’un sens du toucher, sera étendu sur le continent. Un système collaboratif de manipulation de bacs, déjà testé à Barcelone, sera également déployé sur de nouveaux sites.

Ce calendrier coïncide avec l’ouverture, prévue fin septembre 2026, du méga-centre logistique de Beauvais, dans l’Oise, où Amazon installe déjà 2 000 robots de la famille Proteus et Sequoia, comme RoboActu le rapportait fin mai. La France et le Royaume-Uni deviennent les têtes de pont du déploiement européen.

Une stratégie sous tension sociale

Le groupe insiste pour présenter cette robotisation comme un complément aux emplois humains. Il rappelle avoir embauché « des centaines de milliers » de salariés depuis l’introduction des premiers robots dans ses entrepôts. Les chiffres internes que le New York Times a révélés en avril dressent pourtant un tableau plus contrasté : Amazon envisage de remplacer jusqu’à 600 000 emplois par des robots à l’horizon 2033 dans son réseau américain.

La question est d’autant plus sensible en Europe que la part de marché logistique d’Amazon y reste contestée par DHL, La Poste, Royal Mail ou Bpost. Le déploiement d’un Proteus pilotable par la voix dans tout l’entrepôt pourrait accélérer la fermeture des fonctions de manutention simple, exactement comme les robots Kiva ont réduit le nombre de « stowers » dans les générations précédentes de centres de tri.

Le contexte concurrentiel

L’annonce intervient dans un trimestre chargé pour la robotique logistique. Hyundai et Boston Dynamics préparent 25 000 humanoïdes Atlas pour leurs usines américaines, BMW va faire entrer deux Aeon de Hexagon dans son usine de Leipzig cet été, et Pudu Robotics vient d’ouvrir le premier hôtel mondial entièrement servi par des robots à Shenzhen. Amazon répond à sa façon : pas un humanoïde, mais un essaim de petits porteurs autonomes pilotés par la voix, conçus pour aller chercher chaque colis à la pièce sans demander d’autorisation. Le marché commence à se segmenter clairement entre humanoïdes industriels et flottes spécialisées, et Proteus est l’arme d’Amazon dans la deuxième catégorie.

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