La Chine sait fabriquer des humanoïdes en masse. Le vrai problème, c’est de trouver des clients pour les acheter. Plusieurs constructeurs et investisseurs interrogés à un récent salon de robotique décrivent un marché où la capacité de production dépasse largement la demande réelle.
Des carnets de commandes encore modestes
La startup shanghaienne Matrix Robotics illustre le décalage. Son humanoïde phare, le MATRIX-3, mesure 1,7 mètre et dispose de mains capables de gestes fins. Vendu autour de 99 000 dollars l’unité, il a reçu environ 1 000 commandes, notamment de chaînes de café et d’hôtels. Pourtant, l’entreprise n’en a produit que quelques centaines, même si son fondateur Allen Zhang, ancien de Tesla, assure pouvoir livrer 5 000 unités cette année selon la demande.
EngineAI, basée à Shenzhen, propose un humanoïde grand format à 26 600 dollars en version de base, présenté comme agent de sécurité ou guide de musée. Son responsable marketing Issac Li résume l’enjeu : passer du spectacle aux scénarios concrets.
Un marché géant, mais théorique
Morgan Stanley évalue le marché mondial des humanoïdes à 5 000 milliards de dollars à terme. La Chine y joue sa carte d’atelier du monde : capacité de production, chaîne d’approvisionnement en matériel et collecte massive de données pour entraîner les robots. Les États-Unis gardent l’avantage sur la partie cerveau, l’intelligence artificielle de haut niveau.
Le pays comptait plus de 140 fabricants d’humanoïdes et plus de 330 modèles en 2025, selon le ministère de l’Industrie. Au point que le gouvernement lui-même a mis en garde contre un risque de bulle, faute de débouchés commerciaux suffisants. En 2025, une large part des 295 millions de dollars de commandes recensés par Morgan Stanley provenait d’entreprises d’État, pour des usages en centrales électriques, centres de données ou divertissement.
L’industrie comme première porte de sortie
Pour les analystes, la voie commerciale la plus crédible reste l’industrie et la logistique. Mais beaucoup d’usines tournent déjà avec des bras robotisés mono-tâche qui n’ont pas besoin d’humanoïdes complets. Samm Sacks, du think tank New America, rappelle la dure réalité économique : ces robots coûtent cher, restent fragiles et dépendent d’environnements très structurés pour fonctionner. Le chemin vers le foyer, pour aider personnes âgées ou enfants, s’annonce long. Reste que le déploiement réel s’accélère en Chine, portée par une culture du changement technologique rapide.