Chine et Asie

La Chine veut résoudre le problème le plus difficile de la robotique : fabriquer de vraies mains

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

Nouer ses lacets. Boutonner une chemise. Trier des pièces qui se ressemblent. Des gestes que la plupart des humains font sans y penser, et qu’aucune machine n’a su reproduire fidèlement en plusieurs millénaires d’histoire. Aujourd’hui, des startups chinoises pensent toucher au but. Et elles pensent que c’est en Chine que le problème sera résolu.

Un reportage du Guardian publié ce lundi 6 juillet 2026 plonge dans l’atelier de LinkerBot, l’une des entreprises de Pékin qui se consacrent entièrement à la fabrication de mains robotiques dextres. Son fondateur, Zhou Yong, ne minimise pas la difficulté : « Construire une main robotique est cent fois plus difficile que construire un humanoïde. »

Mains robotiques dextres chinoises en cours de test dans un laboratoire de Pekin
Illustration RoboActu

Le maillon manquant des humanoïdes

La main humaine est l’appendice le plus flexible du squelette. Elle coordonne des dizaines de muscles, des milliers de récepteurs nerveux, et peut passer en une fraction de seconde d’une prise de force brute à une manipulation de précision infime. Pour un humanoïde, s’en passer revient à construire un ouvrier sans bras.

Elon Musk l’a dit publiquement l’an dernier : les mains représentent « la majorité de la difficulté d’ingénierie de l’ensemble du robot ». La Fédération internationale de robotique confirmait en septembre 2025 que les « humanoïdes multifonctions véritables sont encore loin ». La raison principale : les tâches utiles au quotidien nécessitent des mains semblables aux nôtres.

La Chine a décidé de s’attaquer frontalement au problème. L’écosystème est favorable : le pays installe plus de la moitié des robots industriels du monde chaque année. La main-d’oeuvre d’ingénieurs est massive. Et le gouvernement a inscrit les robots à « intelligence incarnée » parmi les secteurs prioritaires appelés à « ouvrir de nouveaux marchés de milliers de milliards de yuans », selon la revue théorique du Parti communiste, Qiushi, en mai 2026.

LinkerBot et ses concurrents

Dans les bureaux de LinkerBot à Pékin, des mains de différentes tailles s’agitent ou restent suspendues, comme des prototypes en attente de leur bras. Zhou Yong explique que la dextérité d’une main représente « dix fois » celle des autres parties du corps d’un humanoïde, dans un volume dix fois plus petit. Miniaturiser actionneurs, capteurs et électronique dans cet espace est le coeur du défi.

LinkerBot n’est pas seul. Plusieurs startups chinoises se positionnent sur ce créneau, s’appuyant sur les avantages comparatifs de la Chine : coûts de fabrication, accès aux composants électroniques, et écosystème de sous-traitance mature. L’objectif commun est de produire des mains suffisamment fiables et abordables pour être intégrées dans les humanoïdes déjà fabriqués en masse par Unitree, Agibot ou UBTECH.

Un marché en train de se structurer

Depuis la spectaculaire performance des robots Unitree au Gala du Nouvel An chinois 2025, les humanoïdes sont devenus un sujet de politique industrielle. Les investisseurs suivent. Les marques de matériaux de marketing promettent robots pliant le linge et coupant les cheveux, mais la réalité des déploiements reste limitée, précisément parce que les mains ne sont pas au niveau.

Résoudre ce problème ouvrirait une gamme d’applications bien plus larges que le simple portage de charges ou la présence dans les shows technologiques. LinkerBot et ses concurrentes parient que la Chine sera le premier pays à franchir ce palier. Si elles y parviennent, les humanoïdes que le monde fabrique aujourd’hui pourraient devenir des outils réellement utiles dans les années qui viennent.