Unitree en couverture de TIME et le GUARD Act : la bataille des robots humanoïdes entre la Chine et les États-Unis s’emballe

Illustration du débat au Congrès américain sur les robots humanoïdes chinois et la couverture TIME de Wang Xingxing

La même semaine. D’un côté, le magazine TIME consacre sa couverture à Wang Xingxing, fondateur et PDG d’Unitree, aux côtés du GD01, le robot mecha de neuf pieds capable de transporter un pilote dans son cockpit. De l’autre, le Congrès américain vote une loi qui interdit au Pentagone d’acheter ou d’opérer des robots humanoïdes fabriqués par des adversaires étrangers, Chine en tête. La coïncidence est trop nette pour être ignorée.

Le mecha de Wang Xingxing en couverture mondiale

Dans son premier entretien médiatique international, Wang Xingxing raconte à TIME comment l’idée du GD01 est née d’un combat de MMA. Il pensait d’abord à un robot de boxe, puis a grandi l’ambition : un mecha habité, capable de marcher sur deux ou quatre jambes, avec des poings en alliage de titane suffisamment puissants pour démolir un mur. La publication classe Unitree parmi les entreprises les plus influentes du monde, après avoir déjà inscrit Wang dans son classement TIME100 AI l’an dernier.

Ce coup médiatique n’est pas anodin. Unitree est déjà le fabricant de robots les plus vendus au monde sur certains segments, notamment les robots-chiens Go2 et les humanoïdes G1, diffusés dans des dizaines de pays y compris aux États-Unis. C’est précisément ce qui inquiète Washington.

Le GUARD Act : un ban commercial en préparation

La National Defense Authorization Act (NDAA) adoptée par la Chambre des représentants intègre une Section 163 qui interdit formellement au Pentagone de se procurer, louer ou opérer des robots humanoïdes autonomes liés à des « adversaires étrangers désignés » (Chine, Russie, Iran). Pour l’armée américaine, c’est désormais acté.

Mais le projet de loi le plus redouté par l’industrie chinoise va plus loin. Le GUARD Act (Guarding the US Against Adversarial Robotics Dominance), porté par le représentant républicain John Moolenaar, president du comité spécial sur la Chine, vise à soumettre les robots humanoïdes et quadrupèdes chinois à une évaluation par la FCC pour inclusion sur sa « Covered List ». Cette désignation leur retirerait leurs licences de communication sans fil, rendant leur vente commerciale de facto impossible aux États-Unis.

La version actuelle de la NDAA a limité les restrictions au seul secteur militaire, laissant les ventes commerciales hors de portée pour l’instant. Mais Moolenaar pousse pour que la version complète du GUARD Act soit adoptée séparément.

Un écosystème américain divisé

La bataille n’est pas seulement géopolitique. Au sein même de l’industrie robotique américaine, le débat est vif. Peggy Johnson, PDG d’Agility Robotics (fabricant de Digit), soutient le GUARD Act et voit dans ces restrictions un signal fort pour les entreprises qui investissent dans des chaînes d’approvisionnement domestiques. Eric Jang, ancien vice-président de 1X Technologies, s’y oppose : il estime qu’un ban bloquerait l’accès des chercheurs américains à des robots compétitifs et ralentirait les avancées en IA physique.

Résultat : l’industrie robotique américaine est coupée en deux entre ceux qui veulent protéger le marché intérieur et ceux qui craignent qu’un isolement technologique ne creuse l’écart avec des acteurs chinois déjà bien avancés sur la commercialisation. Le fondateur d’Unitree, lui, continue de sourire depuis la couverture de TIME.

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