Pékin a répondu sans détour. Jeudi 30 juillet, le ministère du Commerce chinois a qualifié la décision américaine de « gravement préjudiciable à la stabilité économique et commerciale entre la Chine et les États-Unis », exigeant son retrait et menaçant d’adopter des contre-mesures si Washington ne cède pas.
La semaine précédente, la Commission fédérale des communications (FCC) avait ajouté les robots humanoïdes et quadrupèdes de fabrication étrangère à sa « Covered List », le registre des équipements jugés trop risqués pour être autorisés à la vente aux États-Unis. La mesure vise en premier lieu les fabricants chinois, qui fournissent la large majorité des robots avancés présents sur le marché mondial.
Une décision aux conséquences immédiates sur les marchés
Le président de la FCC, Brendan Carr, a justifié la décision par la nécessité de sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines et d’agir « en accord avec nos agences de sécurité nationale ». Les robots modernes embarquent en effet des capteurs capables de cartographier des environnements sensibles et de collecter des données en continu, à la manière des véhicules autonomes.
La réaction des marchés a été immédiate. Les actions d’UBTech, l’un des principaux fabricants chinois de robots humanoïdes, ont chuté de plus de 6 % à la Bourse de Hong Kong dans la matinée du 30 juillet. Agibot et Unitree, qui ont chacun déposé leur dossier d’introduction en bourse, voient leur calendrier fragilisé.
« C’est une mauvaise nouvelle pour les producteurs chinois d’humanoïdes qui planifiaient leurs IPO dans les prochains mois », analyse Marc Einstein, directeur de recherche chez Counterpoint Research. Selon ce cabinet, Agibot, Unitree et UBTech occupaient les trois premières places mondiales en part de marché l’an dernier. Tesla Optimus arrivait cinquième.
Terres rares et accès au marché : les deux leviers de Pékin
Pour riposter, la Chine dispose d’un arsenal précis. Premier levier : les terres rares. La Chine contrôle plus de 80 % de la production mondiale de ces minéraux indispensables aux moteurs, aux batteries et aux capteurs de robots. Restreindre leur exportation frapperait directement la filière robotique américaine naissante.
Deuxième option : l’accès au marché chinois pour des groupes comme Tesla et NVIDIA. Les deux entreprises réalisent une part significative de leurs revenus en Chine. Toute restriction toucherait directement leur modèle économique. Robostore, distributeur nord-américain de robots chinois, a de son côté déclaré se préparer « en développant ses capacités basées aux États-Unis », sans préciser davantage.
Un contexte diplomatique à hauts risques
Cette tension sur les robots s’inscrit dans une séquence géopolitique chargée. Donald Trump doit recevoir Xi Jinping en septembre. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a, de son côté, évoqué la possibilité de sanctions contre la Chine pour « vol » de modèles d’IA américains. Trump lui-même a pourtant tempéré le ton jeudi, laissant entendre que Washington pourrait adopter une posture plus prudente sur les contrôles IA pour préserver la compétitivité technologique américaine.
La guerre des robots humanoïdes se joue désormais sur deux fronts : les laboratoires d’ingénierie et les salles de négociation.
