Et si on utilisait le froid extrême pour combattre le feu ? C’est le pari que fait une équipe de chercheurs de la Northeastern University de Boston, qui a conçu un robot capable de propulser de l’azote liquide sur les foyers d’incendie de forêt avant qu’ils ne deviennent incontrôlables.

L’idée derrière l’azote
Le professeur Yiannis Levendis, spécialiste en ingénierie mécanique et industrielle, a observé en laboratoire que l’azote liquide pouvait éteindre des flammes de manière très efficace. En se vaporisant au contact de la chaleur, il se dilate rapidement en gaz, chasse l’oxygène de la zone de combustion et refroidit simultanément le matériau en feu. Résultat : les flammes s’éteignent sans retardant chimique, et sans laisser de résidu dans le sol ou les cours d’eau proches.
Deux étudiants, Hayden Hishmeh et Aobo Liu, ont contribué à la conception de la plateforme robotique. Le robot se déplace sur des chenilles tout-terrain, ce qui lui permet de progresser sur des terrains accidentés typiques des forêts de l’Ouest américain. Il embarque un système de pulvérisation capable de projeter le cryogène sur les points chauds.
L’enjeu : atteindre les zones inaccessibles
Les incendies de forêt tués dans l’oeuf sont infiniment moins coûteux que ceux qu’on tente de maîtriser une fois étendus. Le problème, c’est que les foyers naissants se trouvent souvent dans des zones difficiles d’accès, dangereuses pour des équipes humaines. Un robot autonome ou téléopéré peut s’y aventurer sans risque pour ses opérateurs.
Le prototype développé à Northeastern est encore en phase d’évaluation. Les chercheurs étudient notamment la durée de stockage de l’azote liquide à bord du robot, la distance d’action efficace du spray, et les conditions météorologiques dans lesquelles le système reste performant. Le vent, en particulier, peut disperser le gaz avant qu’il n’atteigne les flammes.
Une niche prometteuse dans la robotique d’urgence
L’idée n’est pas sans précédent : des robots de lutte contre les incendies existent déjà, notamment dans les entrepôts industriels ou les tunnels. Mais leur application aux feux de forêt est beaucoup plus complexe du fait du terrain, des distances et des volumes concernés.
Si le concept est validé à plus grande échelle, il pourrait compléter les dispositifs existants comme les avions bombardiers d’eau ou les équipes de pompiers terrestres, en intervenant spécifiquement sur les foyers secondaires ou les points chauds résiduels après le passage des grandes flammes. Les États américains les plus exposés aux incendies, comme la Californie, l’Oregon ou Washington, représentent un marché potentiel significatif pour ce type de technologie.