Après trois années de records négatifs, le capital-risque chinois retrouve ses appétits. Selon une enquête du Financial Times, les fonds chinois se précipitent sur de nouvelles levées de fonds orientées vers l’IA et la robotique, entraînant dans leur sillage des investisseurs institutionnels qui avaient marqué une pause depuis le durcissement réglementaire de 2022-2023.
Un retournement piloté par l’IA incarnée
Le signal est clair dans les données. Les appels de capitaux s’accélèrent autour de deux thèmes précis : l’intelligence artificielle embarquée, aussi appelée embodied AI, et les semiconducteurs. Ce sont les deux secteurs où la Chine estime avoir une fenêtre pour rattraper ou dépasser l’avance américaine.
Les méga-levées récentes ont joué le rôle de déclencheurs. DeepSeek a levé 7,4 milliards de dollars, repositionnant la Chine comme capable de concurrencer OpenAI sur les modèles de langage. Moonshot AI a bouclé 3,5 milliards à une valorisation de 35 milliards de dollars. Ces rounds, combinés aux performances de DeepSeek V4 Flash sur les benchmarks d’agents en juillet, ont convaincu les limited partners que le secteur offre des opportunités de retour comparables à celles du marché américain, voire supérieures sur certains créneaux industriels.
La robotique au coeur du redémarrage
La robotique humanoïde concentre une part croissante de cet afflux. La Chine revendique six des dix startups humanoïdes les plus innovantes au monde dans les classements 2026, selon une analyse publiée par robot.tv le 1er août. Les États-Unis maintiennent une avance sur la qualité des brevets, mais la Chine domine en volume de déploiement et en capacité de production industrielle.
Les preuves s’accumulent. Unitree Robotics a lancé son IPO sur le STAR Market de Shanghai pour lever 4,2 milliards de yuans. AgiBot a déposé son dossier d’introduction en bourse à Hong Kong avec 15 000 robots déjà déployés. EngineAI a inauguré une deuxième usine dans le Henan. Ces annonces ne sont pas des démos de laboratoire : ce sont des trajectoires industrielles réelles, avec des carnets de commandes.
L’école professionnelle pour robots ouverte à Hangzhou en juillet, avec 140 machines en formation sur 40 scénarios réels, illustre un autre aspect de cette stratégie. La Chine ne prépare pas seulement des robots. Elle prépare les infrastructures pour les former, les déployer et les maintenir à grande échelle.
Ce que cela signifie pour la compétition mondiale
Le retour des VC chinois sur la robotique recompose les équilibres de la compétition mondiale. Les 56 milliards de dollars levés en 2026 dans la robotique à l’échelle mondiale avaient d’abord semblé profiter surtout aux acteurs américains et européens. Le mouvement actuel en Chine laisse penser que ce déséquilibre est en cours de correction rapide.
Pour les investisseurs américains et européens, le message est ambigu. La rivalité technologique et les restrictions américaines à l’export compliquent les co-investissements. Mais l’absence de capitaux chinois sur certains dossiers laissait des valorisations accessibles. Ce n’est plus le cas. Les grandes plateformes d’IA et de robotique chinoises vont désormais attirer des financements domestiques massifs, accélérant leur développement produit et leur expansion internationale.
Résultat : la course à l’intelligence incarnée entre dans une phase nouvelle. Moins de capital américain hégémonique, plus de champions régionaux soutenus par des réservoirs financiers profonds. La robotique mondiale se prépare à être un secteur multi-polaire.
