Robotis remet son savoir-faire d’actionneur au centre de la course aux humanoïdes. Le groupe sud-coréen pousse AI Sapiens, une plateforme K0 ouverte autour de Dynamixel-Q, avec l’objectif d’en faire un produit commercial complet l’an prochain.
Selon The Herald Business, le PDG Kim Byung-soo a présenté cette stratégie lors du Physical AI Frontier National Strategy Forum à Séoul. L’entreprise y a fait démontrer AI Sapiens sur scène, avec un robot capable de reproduire une chorégraphie, de balancer librement les bras et de sauter sur une jambe. Le message est clair : Robotis ne veut plus seulement vendre les articulations des robots, mais aussi proposer une base humanoïde complète.
Une plateforme K0 pensée pour les développeurs
La page officielle d’AI Sapiens décrit K0 comme une plateforme humanoïde de 1,30 mètre pour 34 kg, dotée de 23 degrés de liberté. Chaque bras compte 5 axes, chaque jambe 6 axes, et le robot peut porter jusqu’à 3 kg par bras. Le calcul embarqué repose sur un Jetson Orin NX 16 Go, avec Wi-Fi 5, Bluetooth 5.0, deux ports Ethernet et plusieurs interfaces USB.
Le choix technique le plus important reste Dynamixel-Q. Robotis présente ces actionneurs quasi-direct drive comme des composants conçus pour la marche humanoïde, le contrôle de couple et les mouvements dynamiques. K0 embarque 14 modules QM-060 et 9 modules QM-080. Leur lancement est annoncé pour le second semestre, avec une documentation susceptible d’évoluer jusqu’à la commercialisation.
Robotis insiste aussi sur l’ouverture. L’entreprise promet une publication progressive des nomenclatures, fichiers STEP, sources logicielles, assets de simulation et tutoriels. L’intérêt pour les laboratoires et intégrateurs est de disposer d’un robot inspectable, modifiable et reproductible, plutôt qu’un système fermé réservé aux démonstrations du constructeur.
Des actionneurs au cœur du modèle économique
Cette poussée arrive au moment où la demande en composants humanoïdes accélère. D’après The Herald Business, Robotis prévoit de faire passer sa production d’actionneurs de 220 000 unités l’an dernier à plus de 500 000 cette année. L’entreprise prépare aussi une usine en Ouzbékistan, avec un démarrage partiel attendu en fin d’année et une capacité totale estimée à environ 1,3 million d’unités en combinant ce site avec l’usine coréenne de Magok.
LG Electronics, deuxième actionnaire de Robotis avec 6,6 % du capital, a signé en juin un protocole d’accord lié à cette expansion industrielle. Le contexte donne à cette participation une portée stratégique : LG travaille aussi sur ses propres humanoïdes et pourrait avoir besoin d’un accès sécurisé à des actionneurs spécialisés.
Notre analyse
AI Sapiens n’est pas encore un déploiement industriel de masse. C’est d’abord une plateforme de référence, placée entre le robot de recherche et le futur produit. Mais le sujet est important parce que Robotis part d’une couche matérielle critique : l’actionneur. Dans un humanoïde, la qualité des joints conditionne la marche, l’équilibre, la consommation, la robustesse et la capacité à répéter des gestes appris en simulation.
La promesse d’ouverture sera donc déterminante. Si Robotis tient la publication des fichiers mécaniques, du logiciel et des assets de simulation, K0 peut devenir une base utile pour les équipes qui veulent tester des politiques d’imitation ou de renforcement sur matériel réel. Dans le cas contraire, AI Sapiens restera surtout une vitrine de plus dans un marché déjà saturé de démonstrations spectaculaires.
La différence se jouera désormais sur deux points concrets : la disponibilité réelle de Dynamixel-Q et la capacité de Robotis à livrer assez vite pour suivre la demande. C’est là que la robotique humanoïde quitte la scène pour entrer dans l’usine.

