Dans la ville industrielle de Liuzhou, au sud de la Chine, 120 robots humanoïdes suivent actuellement un programme de « stage » dans une usine automobile. Chez Dongfeng Liuzhou Motor, 11 UBTech Walker S1 apprennent le métier aux côtés d’instructeurs humains, pendant que 109 autres robots s’entraînent dans un centre de formation dédié. Objectif : préparer le déploiement industriel à grande échelle.
Trier des pièces, déplacer des bacs, ramasser des vis
L’usine a aménagé une zone de formation de 200 mètres carrés. Guidés par un instructeur, les Walker S1 utilisent la navigation visuelle pour se déplacer vers les postes assignés. Ils pratiquent le tri de pièces détachées, le transport de bacs et la collecte de conteneurs vides. Sur une autre ligne, un robot s’entraîne à saisir une vis minuscule entre deux doigts, un geste qui semble anodin mais exige une calibration précise des algorithmes de préhension et de vision.
Contrairement aux humains, qui s’appuient sur l’expérience et l’instinct, ces machines dépendent entièrement de leurs algorithmes. Chaque mouvement articulaire, chaque interprétation visuelle doit être programmé et affiné pas à pas. Les formateurs ajustent les méthodes de contrôle et améliorent l’exécution des tâches en continu.
Un centre de formation qui produit des données en masse
Liuzhou a inauguré un centre de collecte de données et de tests pour l’IA incarnée. L’installation reproduit les environnements de production de plusieurs industries clés : automobile, engins de chantier, pharmacie, et même la fabrication des Luosifen, les célèbres nouilles locales. Le centre génère quotidiennement d’importants volumes de données d’entraînement, permettant un apprentissage continu.
La diversité industrielle de Liuzhou en fait un terrain d’essai idéal. Les robots sont confrontés à des variables réelles que les laboratoires ne peuvent pas reproduire : variations d’éclairage, taux d’humidité, changements de disposition des postes de travail. Autant de paramètres qui compliquent la tâche des systèmes de reconnaissance visuelle.
La Chine accélère vers la production de masse
Ce déploiement s’inscrit dans la stratégie nationale chinoise. En mars, UBTech a signé un partenariat avec Siemens pour viser 10 000 robots humanoïdes produits par an dès 2026. Dans le Guangdong voisin, une ligne de production capable de fabriquer 10 000 humanoïdes par an, développée par Leju Robotics et Dongfang Precision, est déjà opérationnelle. Elle intègre 24 étapes d’assemblage et 77 points de contrôle qualité.
Les robots « stagiaires » de Liuzhou ne sont encore qu’en phase d’apprentissage. Leur intégration progressive vise à réduire les coûts opérationnels et à prendre en charge les tâches physiquement exigeantes ou dangereuses. Le passage du centre de formation à la ligne de production active prendra encore plusieurs mois, mais le signal est clair : la Chine ne se contente plus de fabriquer des robots humanoïdes, elle les forme à grande échelle avant de les déployer.
