Industrie

Robots chinois bannis aux États-Unis : Hyundai et Boston Dynamics se préparent à rafler la mise

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Les États-Unis durcissent le ton face aux robots humanoïdes chinois. Et c’est Hyundai qui pourrait en tirer le plus grand bénéfice. Le Korea Herald détaille comment le projet de loi « American Security Robotics Act », introduit le 26 mars par un sénateur républicain et un démocrate, pourrait remodeler toute la chaîne d’approvisionnement mondiale de la robotique.

Ce que la loi prévoit

Le texte interdirait au gouvernement fédéral d’utiliser des fonds publics pour acheter des « véhicules terrestres sans pilote » et des « systèmes robotiques » fabriqués dans des pays jugés hostiles, dont la Chine. Sont visés : les robots de patrouille autonomes, les plateformes d’inspection, les robots logistiques et les humanoïdes, en fonction de leur capacité de collecte de données et de leur niveau d’autonomie.

Les composants intégrés dans ces systèmes (caméras, capteurs, contrôleurs) seraient également concernés. En revanche, les pièces mécaniques comme les actionneurs, les préhenseurs et les moteurs fabriqués en Chine ne sont pas encore restreints. Les matières premières, notamment les terres rares où la Chine domine la production mondiale, restent aussi hors du périmètre pour l’instant.

L’analyste Im Eun-young de Samsung Securities estime que la loi entrera probablement en vigueur début 2027, avec des restrictions sur les équipements existants fin 2027.

Hyundai se positionne en grand gagnant

Hyundai Motor et sa filiale Boston Dynamics, basée dans le Massachusetts, sont en position idéale pour combler le vide laissé par les fabricants chinois exclus. Selon des sources industrielles citées par le Korea Herald, Hyundai constitue activement sa propre chaîne d’approvisionnement en robotique humanoïde en sollicitant ses fournisseurs de pièces automobiles coréens, avec trois à quatre entreprises en compétition pour chaque catégorie de composants.

L’objectif : construire une usine de production de robots humanoïdes aux États-Unis, capable de produire 30 000 unités par an d’ici 2028. Sa filiale Hyundai Mobis prépare une usine locale de composants robotiques, en commençant par les actionneurs.

Boston Dynamics au coeur de la politique industrielle

Boston Dynamics ne se contente pas de fabriquer des robots. La firme joue aussi un rôle dans l’élaboration des cadres réglementaires. Son vice-président Brandon Schulman siège au sein de la « National Commission on Advanced Manufacturing Robotics », un think tank rattaché au Special Competitive Studies Project. Cette commission doit publier en mars 2027 une feuille de route stratégique couvrant les chaînes d’approvisionnement, la compétitivité mondiale et le renforcement de l’écosystème robotique américain.

Le piège des terres rares

Le professeur Choi Hyouk-ryeol, spécialiste en robotique à l’université Sungkyunkwan, tempère l’enthousiasme. « Un découplage total de la Chine en composants robotiques, notamment les minéraux critiques, est quasiment impossible », prévient-il. Les moteurs des robots humanoïdes, y compris coréens, dépendent fortement des aimants à base de terres rares chinoises, comme ceux utilisés dans les moteurs automobiles.

Washington interdit déjà les aimants chinois dans les plateformes de défense à partir de 2027. Ces restrictions pourraient s’étendre aux systèmes humanoïdes civils. Mais le calendrier reste incertain : Tesla Optimus dépend lui-même largement de composants chinois, ce qui rend un embargo total peu probable à court terme.

Pourquoi c’est important

Cette loi marque un tournant géopolitique pour la robotique humanoïde. Elle force les industriels à repenser leurs chaînes d’approvisionnement et ouvre un boulevard pour les constructeurs alliés des États-Unis. Hyundai et Boston Dynamics se retrouvent en première ligne d’une bataille industrielle qui dépasse largement le cadre des robots : c’est toute la question de la souveraineté technologique qui se joue, des actionneurs jusqu’aux terres rares.