Chine et Asie

Moya, le robot biomimétique de Shanghai qui remplace les moteurs par des muscles artificiels

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

Le Shanghai Engineering Research Center of Humanoid Robots a présenté Moya, un robot humanoïde qui troque les moteurs électriques et les articulations métalliques contre des muscles pneumatiques et un squelette flexible. C’est une première : aucune plateforme n’avait encore combiné ces deux technologies dans un seul corps fonctionnel.

Des muscles qui se contractent comme les nôtres

Au lieu de servomoteurs classiques, Moya fonctionne grâce à des muscles artificiels pneumatiques. De l’air comprimé les gonfle et les dégonfle, créant un mouvement de poussée et de traction bien plus organique que celui des robots rigides. Sa colonne vertébrale, conçue en matériaux composites légers qui imitent la géométrie osseuse humaine, peut se tordre et se plier, répartissant les forces sur l’ensemble de la structure.

Concrètement, le torse de Moya pivote avec fluidité pendant que ses épaules s’ajustent en temps réel, reproduisant les compensations naturelles d’un humain qui tend le bras vers un objet. Le South China Morning Post a diffusé une vidéo de démonstration qui montre la différence frappante avec les mouvements saccadés d’un Atlas ou d’un Optimus.

Résoudre le problème des environnements imprévisibles

Les robots industriels excellent dans les tâches répétitives en usine. Mais posez-les dans une zone sinistrée, une maison encombrée ou un chantier au sol inégal, et leurs articulations rigides deviennent un handicap. Moya vise justement ces scénarios. Un corps souple peut absorber les chocs, s’adapter à des surfaces irrégulières et manipuler des objets fragiles sans les écraser.

L’exemple est parlant : un robot classique qui saisit un verre d’eau doit calculer à l’avance la force exacte à appliquer. Le système biomimétique de Moya ajuste naturellement sa pression de préhension grâce à la compliance passive de ses muscles, un peu comme une main humaine qui « sent » la résistance de l’objet.

Un cerveau adapté à un corps mou

Le vrai défi d’un robot à muscles pneumatiques, c’est le contrôle. Ces muscles s’étirent de manière inégale et réagissent différemment selon la charge. Pour compenser, l’équipe de Shanghai a développé un framework d’intelligence incarnée : le logiciel modélise en continu comment les muscles vont se déformer et ajuste la posture en temps réel, sans attendre le retour de capteurs externes.

Moya atteint 92 % de précision dans la reproduction de la marche humaine, selon les données publiées par le centre de recherche. Un chiffre à relativiser (le robot reste un prototype), mais qui montre que l’approche biomimétique n’est plus cantonnée aux labos de recherche fondamentale.

Pourquoi c’est important

La plupart des humanoïdes actuels (Atlas, Optimus, Unitree H1) partagent la même architecture : des moteurs électriques dans des châssis métalliques. Moya propose une alternative radicale. Si les muscles pneumatiques se révèlent fiables à l’échelle industrielle, ils pourraient ouvrir la voie à une génération de robots plus légers, plus adaptables et capables de travailler au contact direct des humains, dans les hôpitaux, les maisons de retraite ou les foyers.

Le prototype reste encore loin de la commercialisation. Mais le message de Shanghai est clair : la robotique humanoïde ne se résume pas à une course à la puissance motrice. La souplesse pourrait bien être le prochain avantage concurrentiel.

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