France

En Mayenne, Lyreco installe 105 robots Exotec pour moderniser son entrepot de Villaines-la-Juhel

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Le papetier centenaire Lyreco vient de boucler la refonte de son centre de distribution historique à Villaines-la-Juhel, en Mayenne. L’entreprise a injecté plus de 25 millions d’euros pour moderniser un site de 55 000 mètres carrés d’où partent 60 % de ses expéditions nationales. Au cœur du dispositif, 105 petits robots blancs signés Exotec, une pépite française de la robotique logistique, selon Working Life.

Ces engins, baptisés Skypods, ressemblent à des aspirateurs autonomes de grande taille. Leur particularité : ils ne se contentent pas de rouler au sol. Ils escaladent les racks jusqu’à 14 mètres de hauteur pour aller chercher les paquets stockés dans 21 000 emplacements. Pilotés par un algorithme, ils reconstituent les commandes à toute vitesse, 24 heures sur 24.

Un vieux site qui refuse de sortir du jeu

Lyreco fête ses 100 ans cette année. Créé en 1926 comme papeterie nordiste, le groupe s’est transformé en fournisseur intégré pour les espaces de travail : ramettes, mobilier, matériel informatique, café. Son hub de Mayenne traite 10 500 commandes par jour, un rythme qui laissait peu de marge à l’erreur. Problème, la machine de tri en service datait de 1991 et atteignait ses limites face aux standards imposés par Amazon et consorts.

Plutôt que de construire un nouveau site, Lyreco a choisi la rénovation lourde. Le pari est lisible : une entreprise française, un industriel français, des robots français. Exotec, basé à Lille et désormais licorne de la tech hexagonale, fournit la solution Skypod qui équipe déjà Carrefour, Decathlon ou Uniqlo à l’international. Thomas Genestar, directeur général d’Exotec, résume l’avantage technique : là où d’autres systèmes se déplacent uniquement au sol, les Skypods exploitent la hauteur des rayonnages pour densifier le stockage.

La robotisation pensée avec les opérateurs

Sur ce type de site, la crainte est toujours la même : remplacement des humains, cadences infernales, troubles musculosquelettiques. Lyreco a tenté de désamorcer le procès. La direction affirme que l’arrivée des machines n’a entraîné aucun départ en CDI. Les postes de palettisation ont été totalement redessinés avec un système dit de « puits » : les opérateurs glissent les colis sur la palette, qui s’enfonce progressivement dans le sol pour que le travail se fasse toujours à hauteur d’homme.

Cédric Renaud, directeur du site, mesure le chemin parcouru : « l’ancien système nécessitait de soulever au sol de nombreux colis, souvent lourds. Aujourd’hui, grâce au buffer séquenceur et aux nouvelles stations ergonomiques, le port de charges est allégé ». L’entreprise souligne aussi que ces postes, jadis considérés comme pénibles et masculins, deviennent plus accessibles. La réduction de la pénibilité est présentée comme un argument social autant qu’économique.

Dix mille mètres carrés récupérés

Le gain de surface est l’un des effets les moins spectaculaires mais les plus concrets de l’opération. La compacité de la solution Exotec et le temps de palettisation divisé par deux ont libéré 10 000 mètres carrés dans l’entrepôt. Lyreco compte les utiliser pour étendre son catalogue, qui dépasse aujourd’hui les 100 000 références alors que l’entrepôt n’en stockait que 16 000.

Simon Tancré, directeur marketing de Lyreco France, évoque aussi un glissement d’activité : « la place libérée nous permettra de développer de nouvelles gammes. S’y ajouteront des services internalisés, comme le montage de mobilier chez nos clients ». Le message est clair. Le fournisseur ne veut plus seulement livrer des cartons, il veut prester du service sur site. La robotisation du back-office finance la montée en gamme du front.

Un contre-modèle français ?

Cette opération tombe à un moment symbolique. La France, selon les derniers chiffres de la Fédération internationale de robotique, reste en retard dans l’adoption des robots industriels face à l’Allemagne, la Corée du Sud ou la Chine. L’étude Roland Berger publiée cette semaine rappelle que le marché des robots humanoïdes pourrait atteindre 750 milliards de dollars en 2035, avec une concentration asiatique.

Face à cette pression, la stratégie Lyreco-Exotec fait figure de cas d’école. Un industriel historique choisit un équipementier français, investit massivement en France et communique sur une robotisation socialement maîtrisée. L’opération ne change pas la géographie mondiale de la robotique, mais elle prouve qu’un acteur français peut équiper un autre acteur français avec du matériel compétitif. Dans un secteur où l’Asie impose le rythme, le signal compte.