Un casque de réalité virtuelle sur la tête, les doigts tapant sur une table, un salarié d’Innov8 pilote à distance un Unitree G1. Le distributeur français, connu pour ses objets connectés, entre dans la robotique humanoïde avec une ambition claire : des humanoïdes professionnels en 2028, puis des robots à domicile à l’horizon 2038.

Une formation en téléopération, humain et robot en miroir
La scène se passe dans les locaux d’Innov8, PME française fondée en 2012 et spécialisée dans la distribution d’objets connectés. Une caméra embarquée à hauteur des yeux du robot renvoie l’image dans le casque VR du formateur. Les mains de l’opérateur deviennent celles de la machine. L’humain tape des doigts, le robot tape des doigts. L’humain manipule un stylo, le robot manipule un stylo. Peu à peu, la difficulté monte : déplacer un colis, empiler une palette.
« Ce n’est pas une chorégraphie, c’est un processus d’entraînement », explique Stéphane Bohbot, fondateur et PDG d’Innov8, cité par le média de Bpifrance, Big média. Les mouvements sont capturés par des capteurs, numérisés dans un jumeau virtuel puis réinjectés dans le robot après ajustement. Il faut plusieurs dizaines d’heures pour obtenir une vraie coordination.
Unitree pour le hardware, France pour le logiciel
Innov8 a choisi le constructeur chinois Unitree Robotics pour le matériel. « Une technologie mature et accessible », selon Stéphane Bohbot. Mais l’entreprise ne veut pas se contenter de distribuer : elle entend développer son propre logiciel en France, présenté comme « souverain » par son dirigeant, à intégrer sur le hardware chinois.
Pour cela, l’entreprise monte un pool de recherche et développement qui associe ingénieurs en IA, universitaires, grands groupes et startups. Dix-huit mois de preuve de concept sont programmés pour tester plusieurs cas d’usage en conditions réelles. Les premiers déploiements commerciaux B2B sont attendus pour 2028.
Un pari sur 2038 pour le grand public
Le calendrier peut surprendre. Innov8 parie sur une arrivée massive des humanoïdes dans les foyers français d’ici dix ans. « L’adoption est beaucoup plus rapide que ce qu’on imagine », soutient Stéphane Bohbot, qui évoque des démonstrations récentes de Kung-Fu par un Unitree « qu’on n’imaginait pas possibles il y a six mois ».
Dans cette vision, les particuliers choisiront leur robot sur catalogue et le personnaliseront selon leurs besoins et leurs goûts, un peu comme on configure une voiture neuve. Chaque machine serait configurée, formée puis suivie par un prestataire, avec un modèle économique fait de récurrence, de service et d’ingénierie.
L’Europe veut exister face à la Chine et aux USA
L’initiative arrive à un moment charnière. La Chine aligne les déploiements commerciaux, avec UBTECH qui vient de livrer ses Walker S2 au poste-frontière de Fangchenggang et AGIBOT qui décrète 2026 comme l’année zéro du déploiement à grande échelle. Les États-Unis, eux, poussent Tesla Optimus, Figure et Apptronik. Au milieu, l’Europe cherche son angle.
Innov8 tente donc une approche pragmatique : s’appuyer sur le matériel disponible, chinois ou autre, et bâtir une couche logicielle, française celle-là, qui donnerait à l’entreprise un rôle d’intégrateur et de prestataire de services sur le long terme. Les premiers cas d’usage évoqués ciblent la détection d’intrusion, la détection d’incendie, le déploiement en entrepôt ou sur chaînes de production. Des missions déjà explorées par plusieurs concurrents étrangers, mais rarement portées par un acteur français privé.
Le vrai test viendra après le POC de dix-huit mois. Si Innov8 parvient à industrialiser une offre B2B crédible en 2028, la PME aura une fenêtre de tir intéressante. Sinon, l’écart avec les grandes offres asiatiques et américaines risque de continuer à se creuser, à la vitesse où tournent les mises à jour de chez UBTECH, AGIBOT ou Tesla.

