Les startups chinoises livrent déjà leurs robots humanoïdes en usine et en centre commercial pendant que les concurrentes américaines restent largement en phase de développement, mais avec des valorisations dix fois supérieures. CNBC a publié le 21 avril 2026 une analyse qui tranche : la Chine prend de l’avance sur le terrain, les États-Unis sur Wall Street.
Le constat vient du dernier numéro de la newsletter «The China Connection» de CNBC, signé Evelyn Cheng depuis Pékin. Le chiffre clé : selon le cabinet Omdia, les six premières places mondiales en livraisons d’humanoïdes en 2025 sont occupées par des entreprises chinoises. Seules Figure et Tesla figurent dans le top 10 côté américain.
Un grand écart de valorisations
Le contraste entre les deux écosystèmes saute aux yeux. Côté américain, Figure affiche au moins 39 milliards de dollars de valorisation après sa Series C. Apptronik a atteint 5 milliards en février sur le robot Apollo. Tesla, dont l’Optimus reste en grande partie en développement, est valorisé via le marché boursier à un autre ordre de grandeur.
Côté chinois, Galbot revendique plus de 3 milliards de dollars, ce qui en ferait la startup humanoïde non cotée la plus chère du pays. AI2 Robotics atteint 20 milliards de yuans, soit environ 2,93 milliards de dollars selon son fondateur Eric Guo. La société pèse moins d’un dixième de Figure, mais Guo affirme qu’un grand fabricant étranger haut de gamme a choisi les robots d’AI2 plutôt que ceux de la startup américaine pour ses chaînes de production.
Les robots chinois sont aussi déjà actifs dans des aéroports, des usines de semi-conducteurs et des sites de santé. Une marque comme UBTECH a même envoyé ses Walker S2 dans les entrepôts de la chaîne allemande Rossmann.
Deux thèses d’investissement opposées
Rui Ma, fondatrice de Tech Buzz China, décrypte cet écart par la grille de lecture des investisseurs. Les startups américaines sont valorisées comme des plateformes d’intelligence artificielle généraliste avec un potentiel logiciel massif. Les chinoises sont vues comme des fabricants de matériel industriel, donc pénalisées sur les multiples.
«Si la Chine finit par dominer la production à grande échelle et le déploiement réel, les fonds américains pourraient passer à côté de l’opportunité dans une certaine mesure», prévient-elle. Eric Guo va dans le même sens : il s’attend à ce que des investisseurs américains commencent à reconsidérer les startups chinoises «dans quelques mois».
La géopolitique reste un frein
Reste un obstacle structurel. Les tensions entre Washington et Pékin et les politiques nationales de sécurité ont fortement réduit les flux d’investissement transfrontaliers. Les grands fonds de pension publics américains, longtemps actifs sur la tech chinoise via des véhicules de capital-risque, ont allégé leurs positions sous la pression réglementaire.
Cet espace laissé vacant a été comblé par les fonds du Moyen-Orient. Plusieurs investisseurs des pays du Golfe ont misé sur le venture capital chinois ou directement acheté des humanoïdes locaux dans le cadre de leur stratégie de diversification post-hydrocarbures. Galbot, par exemple, a bouclé son tour avec des capitaux chinois, singapouriens et moyen-orientaux, sans investisseurs américains.
Notre analyse
Le tableau dressé par CNBC traduit une recomposition plus profonde. La Chine optimise sa filière industrielle classique, fait baisser les coûts unitaires et déploie ses humanoïdes sur des cas d’usage prosaïques : caisse de 7-Eleven, sécurité aux frontières, picking en entrepôt. Les Américains, eux, vendent une vision : un humanoïde universel piloté par des modèles de fondation.
Les deux stratégies peuvent coexister, mais l’arbitrage de marché finira par favoriser celle qui produit du chiffre d’affaires récurrent. Si AI2, Galbot ou X Square Robot prouvent que leurs robots tiennent en production sur la durée, l’argument de la «plateforme IA» perdra du terrain. À l’inverse, si Figure ou Apptronik posent les premiers vrais déploiements à coûts maîtrisés, la prime de valorisation sera justifiée. La fenêtre de décision des prochains mois pèsera lourd sur l’équilibre du secteur.

