Chine et Asie

À Shenzhen, piloter un humanoïde avec son corps devient un vrai métier chez IO-AI Tech

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

À une quarantaine de minutes au nord du centre de Shenzhen, en Chine, une startup nommée IO-AI Tech a inventé un nouveau métier ouvrier. Des employés équipés de casques de réalité virtuelle, de manettes et de capteurs de mouvement pilotent à distance des robots humanoïdes destinés aux usines et aux commerces de proximité. Le but est double : faire exécuter aux robots un vrai travail, mais aussi récolter les données qui leur permettront un jour de fonctionner seuls.

Le corps comme manette

La société transfère les gestes d’un humain vers différentes formes de robots. Lors d’une démonstration rapportée par Wired, un gant de capture de mouvement a permis de contrôler dix mains robotiques d’origines différentes en même temps, chaque mouvement de doigt se reportant instantanément sur les cinquante doigts mécaniques. Le retour fonctionnait dans les deux sens : l’opérateur pouvait sentir une balle placée dans l’une des mains électroniques.

Un autre système, déjà testé par une chaîne chinoise de magasins de proximité, associe un casque VR à une paire de pinces pour attraper des boîtes de médicaments sur une étagère. La prise en main est déroutante au début, à cause d’un léger décalage entre le geste de l’opérateur et celui du robot vu à travers le casque. Après un peu de pratique, le remplissage des rayons devient fluide.

Téléopération et autonomie partielle

Dans une grande salle, des travailleurs équipés de casques et de capteurs corporels pilotent de petits humanoïdes Unitree. L’un d’eux marche aux côtés du robot, qui reproduit ses mouvements dans un appartement reconstitué. L’opérateur, qui voit la scène à travers les caméras placées au niveau des yeux de la machine, exécute les gestes nécessaires pour décrocher une chemise d’un cintre et la plier.

Le marché chinois compte des dizaines d’humanoïdes et de mains robotiques différents, ce qui rend utile cette technologie capable de s’adapter à plusieurs morphologies. Les algorithmes d’IO-AI doivent aussi combiner le contrôle humain avec une part d’autonomie. Un opérateur et un robot n’ont jamais exactement la même taille, la même forme ni le même poids. Sans capacité à bouger un peu par lui-même, le robot risquerait de perdre l’équilibre.

Shenzhen, terrain idéal

La ville, qui abrite des milliers de fabricants, offre une base parfaite à la startup. Selon Si Chin, l’un des cofondateurs, la proximité des usines facilite l’accès au matériel et aux terrains d’essai. Derrière l’image du joystick humain se dessine un pari plus large : transformer chaque heure de téléopération en données d’entraînement, pour que les robots finissent par accomplir seuls ce qu’on leur apprend aujourd’hui à la main.