L’Inde tient sa première levée significative en robotique industrielle de l’année. Anscer Robotics, startup basée à Bengaluru et fondée en 2020, a annoncé le 20 mai 2026 une Series A de 5,4 millions de dollars, soit 45 crores de roupies, menée par IAN Alpha Fund avec la participation d’Info Edge et de plusieurs business angels. Une opération modeste comparée aux 63 millions de WIRobotics en Corée du Sud ou aux 400 millions de Mind Robotics aux États-Unis, mais qui marque l’entrée de l’écosystème indien dans la bataille mondiale des robots mobiles autonomes.
Des AMR pour usines et entrepôts, conçus en Inde pour le monde
Anscer Robotics ne joue pas dans la cour des humanoïdes spectaculaires. La startup conçoit des autonomous mobile robots, ces engins à roues qui transportent caisses, palettes et chariots à travers les usines et entrepôts en cohabitant avec les ouvriers, les fenwicks et les lignes de production. Le segment est exactement celui que Locus Robotics avec son Array a fait exploser chez DHL en mai, et que SAP teste désormais avec Cyberwave à Walldorf. Le modèle d’Anscer reste classique : un châssis mobile, des capteurs LiDAR et caméras, une couche logicielle pour la navigation autonome, et une orchestration pour le travail en flotte.
La société est dirigée par Ribin Mathew, cofondateur et CEO, accompagné de Ebin Sunny, Raghu V et Raj Mohan. Elle vient d’inaugurer à Bengaluru une nouvelle usine équipée d’une zone de test de 20 000 pieds carrés, où chaque robot subit des tests de performance et d’endurance avant livraison. La capacité affichée : plus de 1 000 unités par an. Anscer dispose déjà d’une présence commerciale et support aux États-Unis et couvre l’Europe et l’Asie-Pacifique à travers son réseau de partenaires.
Une stratégie AI-native, copie indienne du discours occidental
Ribin Mathew a placé sa levée sous l’étiquette « AI-native automation platform ». Le vocabulaire colle à celui de tous les acteurs occidentaux du segment, de Locus Robotics à Symbotic, et signale une volonté de monter en valeur. Citant des données McKinsey, Mathew rappelle que près de 80 % des entrepôts dans le monde fonctionnent encore avec une automatisation limitée ou nulle. Le marché adressable est donc immense, mais aussi très disputé.
« La première ère de l’automatisation, c’était des machines qui exécutent des instructions. La prochaine, ce sont des machines qui comprennent le contexte, apprennent des opérations et travaillent aux côtés de l’intelligence d’entreprise », a déclaré le CEO. La formule est ronflante mais traduit une bascule réelle : les AMR classiques de la génération AGV suivaient des chemins câblés, ceux d’aujourd’hui replanifient leurs trajectoires en temps réel et se branchent sur les systèmes ERP, WMS et MES de l’entreprise.
IAN Alpha Fund, un véhicule deeptech indien
Le lead investor est intéressant. IAN Alpha Fund est un fonds d’investissement alternatif catégorie II de 100 millions de dollars géré par IAN Group, structure historique de l’angel investing indien fondée en 2006. Le fonds cible health-tech, clean-tech, deep-tech, med-tech et manufacturing. C’est exactement le profil sur lequel l’Inde concentre ses efforts depuis le lancement de la Production Linked Incentive Scheme pour les semiconducteurs et l’IndiaAI Mission de 2024.
« Nous estimons que la technologie d’automatisation industrielle a atteint un point critique au niveau mondial. Aujourd’hui les entreprises voient l’automatisation comme une ressource clé pour la résilience, l’intelligence et l’avantage compétitif, pas seulement pour l’efficacité », a commenté Rajnish Kapur, managing partner du fonds. Info Edge, deuxième ticket de la levée, est l’un des plus gros conglomérats internet indiens, propriétaire de Naukri, 99acres et Jeevansathi, qui a déjà mis 2 millions de dollars en seed dans Anscer en 2025.
Une bataille des AMR qui se mondialise
Sur le segment des robots mobiles autonomes industriels, les leaders sont américains et européens : Locus Robotics, GreyOrange déjà sponsorisé par des investisseurs indiens, AutoStore en Norvège, ou les machines de Symbotic et Berkshire Grey. La Chine pousse via Geek+, Hai Robotics et Quicktron. L’Inde reste en retrait, malgré la masse industrielle considérable du sous-continent et la forte demande en automatisation logistique née de l’explosion du e-commerce sur Amazon India et Flipkart.
Anscer Robotics se positionne sur un créneau crédible : un produit pensé pour les usines à coûts maîtrisés, exporté vers les marchés à forte main d’oeuvre coûteuse. La capacité annuelle de 1 000 unités la met dans le club des constructeurs sérieux, sans la prétention industrielle de Symbotic, qui livre plusieurs milliers d’unités par an. La levée doit financer l’expansion américaine, le renforcement de la plateforme produit et la croissance du réseau partenaire.
Le pari pour Anscer : transformer le « Made in India » en argument de souveraineté pour les industriels occidentaux qui veulent réduire leur exposition à la Chine, dans le sillage du American Security Robotics Act déposé en mars par les sénateurs Cotton et Schumer. Le calendrier est favorable. Reste à exécuter face à des concurrents installés depuis dix ans et beaucoup mieux capitalisés.