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Barclays voit le marché des humanoïdes passer de 3 à 200 milliards de dollars d’ici 2035, SoftBank et Jupiter parient sur l’Asie

Par La Rédaction ⏱ 5 min de lecture

Le marché des robots humanoïdes pèse aujourd’hui 2 à 3 milliards de dollars. Barclays le voit à 200 milliards en 2035. La banque britannique a publié son rapport « AI Gets Physical » début juin 2026, et la prévision a circulé mardi sur les ondes de CNBC Europe. Le scénario reste celui d’un secteur qui « passe de la démo à l’industrie », mais cette fois avec des chiffres et une feuille de route.

Deux vagues de déploiement

Zornitza Todorova, responsable de la recherche thématique FICC chez Barclays et co-autrice du rapport, parle d’une « décennie du robot ». Sa thèse divise le déploiement en deux phases. La première court jusqu’en 2030 et couvre l’industrie, la logistique, l’agriculture et la construction. La seconde commence après 2030 dans la santé, les services aux personnes âgées, l’éducation et l’hôtellerie.

L’argument de fond est démographique. Les populations vieillissent. L’urbanisation pousse les jeunes hors des métiers manuels. Et les recrutements peinent sur les tâches « dirty, dull and dangerous », pour reprendre la formule du rapport. Les humanoïdes s’installent là où la main-d’œuvre se raréfie, sans rupture brutale avec le monde existant : ils prennent la forme humaine pour utiliser les outils, les escaliers et les ateliers déjà conçus pour des humains.

La Chine, atelier et laboratoire mondial

Le rapport Barclays sacralise la position chinoise. Le pays installe la moitié des robots industriels dans le monde. En 2025, il a posé près de 300 000 unités, contre 34 000 aux États-Unis. Sa densité robotique a bondi de 600 % depuis 2016, à près de 500 robots pour 10 000 travailleurs. Et il a livré 85 % des humanoïdes installés l’an dernier, à un coût de fabrication estimé à la moitié des concurrents occidentaux, dans une zone de 50 000 dollars par unité.

Cette domination n’est pas une surprise. Unitree a franchi le comité de cotation de Shanghai le 1er juin pour une valorisation visée à 42 milliards de yuans. AGIBOT a dépassé les 10 000 unités produites. NVIDIA a choisi le corps Unitree H2 Plus comme base de son humanoïde de référence Isaac GR00T. Le rapport Barclays met simplement des chiffres macro sur ce que les actualités industrielles racontent semaine après semaine.

Trois grands investisseurs, une même conclusion

Masayoshi Son, patron de SoftBank, a déclaré cette semaine à CNBC que la prochaine entreprise à mille milliards de dollars sortirait du croisement entre IA physique et robotique. Le japonais vient justement d’annoncer 75 milliards d’euros d’infrastructure de calcul dans les Hauts-de-France, et il finance ATOM au Japon pour fabriquer un humanoïde domestique.

Jason Pidcock, gérant du fonds Asian Income de Jupiter (3,69 milliards de dollars sous gestion), tient un discours plus radical. « Dans dix ans, vous aurez sans doute un humanoïde chez vous, des amis qui en auront un, et les usines en seront pleines. » Son fonds a gagné 49,2 % sur l’année arrêtée fin avril. Ses premières lignes incluent Mediatek, TSMC, Samsung, Foxconn, ST Engineering et Singtel : la chaîne d’approvisionnement asiatique qui fournira les composants des humanoïdes.

Dan Ives, analyste senior chez Wedbush Securities, qualifie le marché de « poule aux œufs d’or de l’IA physique ». Son ETF AI Revolution a gagné 4,19 % depuis le début d’année. Ses positions principales sont Micron, AMD, Broadcom et NVIDIA. Mais Ives reconnaît un angle mort pour les investisseurs particuliers : les vrais leaders de l’humanoïde sont encore privés. Et il acte la même réalité que Barclays : « la Chine est aujourd’hui le leader incontesté, les États-Unis sont en mode rattrapage ».

Notre analyse

Le rapport Barclays consolide ce qui restait jusque-là des prévisions éparses. À 200 milliards de dollars en 2035, le marché humanoïde atteint la taille du marché mondial du smartphone en 2015. Ce n’est ni un détail, ni un long terme abstrait : c’est l’échelle qui justifie l’IPO Unitree, le pari OpenAI sur 11 postes robotique et la stratégie NVIDIA Isaac GR00T.

L’angle mort de ces prévisions reste la demande réelle. Une enquête Morgan Stanley auprès d’acheteurs industriels potentiels ne relevait que 23 % de satisfaction sur les produits actuellement disponibles. Une majorité d’humanoïdes plafonnent à deux ou trois heures d’autonomie. Et la part des 10 000 unités AGIBOT qui tournent vraiment en production, hors démonstrations et showrooms, n’est pas connue. La courbe macro est tracée, mais le passage à l’échelle industrielle dépend encore d’innovations batterie, de fiabilité, et de cas d’usage rentables.

L’Europe peut tirer son épingle du jeu sur les services. Si la seconde vague Barclays commence en 2030 avec la santé, l’hôtellerie et l’éducation, c’est sur ces verticaux que les acteurs français comme Korben for People, Enchanted Tools, Pollen Robotics ou Wandercraft peuvent prendre des positions structurantes, en s’appuyant sur la confiance, la régulation locale et la proximité avec les opérateurs de service.

Sources : CNBC, rapport Barclays « AI Gets Physical » (juin 2026).

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