Il y a un an, les robots humanoïdes dansaient lors de galas télévisés. En mars 2026, ils travaillent dans de vraies usines, enchaînent des équipes de dix heures, et assemblent des pièces de carrosserie aux côtés d’ouvriers humains. Le basculement est concret, chiffrable, et il s’accélère.
Figure 02 prouve sa valeur en Amérique, prépare l’Allemagne
Le robot humanoïde Figure 02, développé par la startup californienne Figure AI, a été déployé l’an dernier dans l’usine BMW de Spartanburg, en Caroline du Sud. Résultat : 10 heures de travail par shift pendant 10 mois, participation directe à la fabrication de plus de 30 000 BMW X3. Sa mission principale : fixer et détacher avec précision des pièces de tôle destinées aux process de soudure.
Fort de ces résultats, BMW annonce désormais un pilote Figure 02 dans son usine de Leipzig (Allemagne) en avril 2026, avec un déploiement en production complète prévu en juin. Ce sera la première fois qu’un robot humanoïde travaillera sur une ligne de production automobile allemande. « La combinaison de l’expertise en ingénierie et de l’intelligence artificielle va ouvrir des possibilités entièrement nouvelles dans la production », déclare Milan Nedeljkovic, directeur de la production chez BMW Group.
Xiaomi en Chine, Tesla aux États-Unis : la course mondiale
Côté chinois, Xiaomi a déployé un robot humanoïde dans son usine de véhicules électriques de Pékin. L’entreprise confirme trois heures d’opération continue et le respect du cycle de production de 76 secondes requis par la ligne. Il s’agirait de CyberOne, présenté en 2022. Lei Jun, PDG de Xiaomi, promet « plusieurs robots humanoïdes déployés dans nos usines d’ici cinq ans ». BYD et Xpeng sont dans la même course.
Aux États-Unis, Tesla a franchi le seuil symbolique du millier : plus de 1 000 unités Optimus travaillent dans les usines de Fremont et Austin. L’Optimus y exécute des tâches d’assemblage de kits de pièces et de manutention. Tesla a annoncé la reconversion partielle de l’usine de Fremont — celle qui produit la Model S et la Model X — en centre de production d’Optimus, avec un objectif d’un million d’unités annuelles.
La Corée du Sud à contre-courant
Hyundai Motor Group développe Atlas via sa filiale Boston Dynamics, mais les syndicats sud-coréens bloquent tout déploiement en usine domestique. Leur position est sans équivoque : « Pas une seule unité ne peut entrer sans accord entre direction et syndicats. » Le groupe a donc choisi de former ses Atlas dans un centre logistique Hyundai Glovis aux États-Unis, avec un déploiement en usines automobiles prévu à partir de 2028.
L’industrie s’inquiète : pendant que BMW, Tesla et Xiaomi construisent de l’expérience opérationnelle, la Corée risque de perdre plusieurs années de courbe d’apprentissage.
Un marché à 5 000 milliards de dollars
Morgan Stanley projette un marché humanoïde de 5 000 milliards de dollars d’ici 2050. La logique industrielle est claire : les constructeurs automobiles possèdent déjà des chaînes d’approvisionnement en dizaines de milliers de composants, une infrastructure de fabrication prête à l’emploi, et une culture du hardware et du software. Ils sont structurellement bien placés pour intégrer des humanoïdes plus vite que n’importe quel autre secteur.
2026 n’est plus une année de démonstration. C’est l’année où les robots passent en production.


