La Chine veut accélérer le passage de ses robots humanoïdes du laboratoire à la chaîne de production. Le bureau du ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT) et celui de la SASAC, qui supervise les entreprises publiques, ont publié conjointement un avis lançant le « Plan d’action 2026 pour l’entraînement sur le terrain des robots humanoïdes et de l’intelligence incarnée ».
Un objectif chiffré pour la fin de l’année
Le texte fixe un cap clair : d’ici fin 2026, des produits clés comme les humanoïdes devront avoir validé leur application dans plusieurs scénarios représentatifs, atteint un déploiement de routine et basculé officiellement en « mode opérationnel ». Concrètement, il ne s’agit plus de démonstrations contrôlées mais d’une mise au travail réelle.
Le plan insiste sur la notion de « terrain ». Il demande de se concentrer sur des domaines clés : la fabrication industrielle, la logistique et l’entreposage, le secours d’urgence et le soin médical. L’idée est de créer des espaces d’entraînement réels, qui peuvent être utilisés, testés et vérifiés, et non de simples plateformes d’essai. En suivant un principe de réutilisation des ressources existantes et d’intervention minimale, les robots peuvent s’entraîner directement aux postes de travail et aux points de service.
Des consortiums pour franchir le dernier kilomètre
Pour combler le fossé entre la technologie et l’industrie, le plan encourage les utilisateurs, les intégrateurs de systèmes, les équipes d’algorithmes et les instituts de recherche à former des « consortiums d’application innovante ». Le mécanisme répartit les rôles : les unités utilisatrices ouvrent leurs scénarios et fournissent des données métier réelles, les intégrateurs se chargent de la planification des tâches et de la collaboration homme-robot, tandis que les fournisseurs de la chaîne d’approvisionnement et les laboratoires apportent le matériel et les briques technologiques communes.
Cette accumulation de jeux de données de qualité vise à renforcer la résistance aux perturbations des robots, leur adaptation aux conditions anormales, ainsi que la précision de leur contrôle moteur et de leur compréhension sémantique de l’espace. Autant de points faibles bien connus des humanoïdes actuels, encore loin de fonctionner sans accroc en environnement non structuré.
Le pari du robot en location
Sur la question de la mise à l’échelle, le plan retient un mot d’ordre : « vérifier un, déployer un lot, entraîner une région ». Les solutions complètes validées seront ensuite déployées en masse dans des scénarios similaires. Pour abaisser le ticket d’entrée des entreprises, l’avis encourage explicitement le modèle du « robot humanoïde comme service ». Location opérationnelle ou paiement à la performance : l’objectif est d’accélérer la commercialisation sans imposer un lourd investissement initial aux usines.
Cette démarche tombe à un moment où la Chine produit des humanoïdes en masse mais peine encore à trouver des acheteurs. En orchestrant la demande via les entreprises publiques et en standardisant des terrains d’essai industriels, Pékin cherche à amorcer un marché que le secteur privé n’a pas encore réussi à faire décoller seul.