Industrie

Le Japon vise 30 % du marche mondial de l’IA physique d’ici 2040, pousse par la penurie de main-d’oeuvre

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

Le Japon ne deploie pas des robots pour impressionner. Il le fait pour survivre. Avec une population active en chute libre et des usines qui peinent a recruter, le pays mise sur l’IA physique comme solution structurelle a sa crise demographique. Objectif fixe par le ministere de l’Economie : capter 30 % du marche mondial d’ici 2040.

Une urgence nationale, pas un choix technologique

La population japonaise a decline pour la quatorzieme annee consecutive en 2024. Les actifs ne representent plus que 59,6 % de la population totale, et ce chiffre devrait perdre 15 millions de personnes en vingt ans. Selon une enquete Reuters/Nikkei, la penurie de main-d’oeuvre est desormais le premier moteur d’adoption de l’IA dans les entreprises japonaises.

« Nous sommes passes d’une logique d’efficacite a une logique de survie industrielle », explique Sho Yamanaka, principal chez Salesforce Ventures, interroge par TechCrunch. « Le Japon fait face a une contrainte physique d’approvisionnement en travail. L’IA physique est une urgence nationale. »

Les fabricants japonais controlent deja 70 % du marche des composants

Le Japon part avec un avantage concret. Ses industriels fabriquent environ 70 % des composants robotiques mondiaux : actionneurs, capteurs, systemes de controle. C’est un atout de taille face aux Etats-Unis et a la Chine, qui avancent plus vite sur les systemes integres combinant hardware, logiciel et donnees.

« L’expertise japonaise dans les composants de haute precision, l’interface critique entre l’IA et le monde reel, constitue un avantage strategique », souligne Yamanaka. « La priorite est d’accelerer l’optimisation au niveau systeme en integrant les modeles d’IA avec ce hardware. »

Mujin, la startup qui rend les robots autonomes sans les remplacer

Parmi les acteurs cles, Mujin incarne l’approche japonaise. La startup ne fabrique pas de robots. Elle developpe des plateformes logicielles qui rendent les robots industriels existants autonomes. Son systeme permet aux bras robotiques de gerer le picking et la logistique sans programmation prealable de chaque mouvement.

« En robotique et surtout en IA physique, il est essentiel de comprendre profondement les caracteristiques physiques du hardware », explique Issei Takino, PDG de Mujin. « Les technologies de controle specialisees prennent du temps a developper, et le cout de l’echec est eleve. »

Trois puissances, trois approches

La competition mondiale en IA physique se structure autour de trois poles distincts. Le Japon domine le controle moteur et les composants. La Chine excelle dans le hardware complet et la production a grande echelle. Les Etats-Unis menent la couche logicielle et le developpement commercial.

Hogil Doh, general partner chez Global Brain, resume la situation : « L’IA physique est achetee comme un outil de continuite. Comment faire tourner les usines, les entrepots, les infrastructures et les services avec moins de monde ? »

Le modele americain consistant a combiner logiciel fort et hardware asiatique, a la maniere d’Apple, pourrait ne pas se transposer facilement au monde de la robotique physique, selon Takino. La maitrise des contraintes materielles reste un avantage difficile a repliquer.

Un marche en pleine acceleration

Le gouvernement japonais a annonce en mars 2026 son intention de structurer un secteur national d’IA physique. Avec ses 70 % de parts de marche sur les composants et une pression demographique unique au monde, le Japon transforme sa faiblesse en moteur d’innovation. Reste a savoir si le pays parviendra a integrer l’IA aussi vite qu’il fabrique les machines.