Le Royaume-Uni engage un virage net vers les machines autonomes. Le ministère de la Défense britannique a publié son Defence Investment Plan, qui abandonne le remplacement de navires vieillissants au profit d’un programme de 5 milliards de livres consacré aux « systèmes sans équipage avancés ». Le message accompagnant le plan est direct : la guerre des drones et de l’IA est arrivée.
Une flotte hybride entre navires et machines autonomes
Le plan prévoit 1,5 milliard de livres pour une flotte « hybride » d’un genre nouveau, qui combine navires autonomes et IA avec les bâtiments de guerre et les aéronefs classiques. S’y ajoutent 1,6 milliard de livres d’investissement dédiés aux drones. Longtemps repoussé, le rapport avait valu au ministère un avertissement de la commission des comptes publics sur le risque de surcoûts. Une fois publié, il est présenté comme un moyen de « corriger un programme dépassé, surengagé et sous-financé ».

Au sein de la Royal Navy, l’escadron 700X Naval Air Squadron, basé à Culdrose, a pris de l’avance sur cette bascule. Son commandant, le capitaine James Hall, décrit une multitude de rôles possibles pour un drone. L’objectif, dit-il, est de repérer les missions où l’on peut « sortir un humain du danger » ou « gagner en endurance et en capacité ».
« Habité quand nécessaire, sans équipage quand c’est possible »
Cette formule résume la doctrine visée par l’escadron. Concrètement, un drone peut par exemple épauler un hélicoptère Merlin lors d’une mission de lutte anti-sous-marine. Il « étend la portée » de l’appareil ou « assure une présence » quand l’hélicoptère doit se réarmer et se ravitailler. Le commandant Hall parle d’une « cible passionnante » et insiste : « Nous adoptons ces technologies émergentes parce que le rythme du changement technologique ne sera plus jamais aussi lent qu’aujourd’hui. »
La même technologie déborde désormais du cadre militaire. L’officier Megan Williams, contrôleuse aérienne, constate régulièrement des civils qui font voler leurs propres drones dans l’espace aérien restreint de la base, persuadés de pouvoir décoller n’importe où. Un chevauchement d’usages qui illustre à quel point ces appareils se sont banalisés.
Ukraine et Moyen-Orient comme catalyseurs
Lors du lancement du plan, le secrétaire à la Défense Dan Jarvis a évoqué une période « de plus en plus dangereuse et imprévisible », en désignant les « systèmes sans équipage » comme un trait déterminant des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. L’investissement dans ces technologies vise, selon lui, à aider les forces armées à « garder une longueur d’avance sur leurs adversaires ». Des unités comme le 700X se retrouvent en première ligne de cette transformation, à mesure que l’autonomie et l’IA s’installent au cœur des doctrines navales.