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Les Pays-Bas ouvrent le premier centre européen dédié aux robots humanoïdes face à la Chine

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

L’Europe vient de poser une première pierre concrète dans la course aux robots humanoïdes. Le 2 juillet, les Pays-Bas ont inauguré le Humanoid Application Centre (HAC), premier centre du continent entièrement dédié au test de ces machines, sur le campus Mechatronics Innovation Campus Schiedam, près de Rotterdam.

Robot humanoide en test au Humanoid Application Centre pres de Rotterdam
Illustration RoboActu

Un atelier de travail, pas une vitrine

Le HAC s’étend sur 1 000 mètres carrés et revendique une approche différente des salons technologiques. Plutôt qu’un espace d’exposition, le lieu fonctionne comme un environnement de développement et de test, équipé d’établis d’assemblage, de racks de capteurs et de plafonds hauts pour accueillir des humanoïdes à taille réelle. Ses responsables le décrivent comme un « plancher de travail pour l’apprentissage et le développement, pas un showroom ».

Particularité du site : il est indépendant du matériel. Le centre peut accueillir des robots de plusieurs fabricants, ce qui permet aux chercheurs et aux entreprises de comparer comment différents systèmes se comportent sur des tâches réelles. Cette neutralité évite le piège de miser sur un seul constructeur, à rebours de l’intégration verticale privilégiée par les acteurs chinois.

Six capacités montrées le jour de l’ouverture

Lors de l’inauguration, les robots présents ont enchaîné six démonstrations : poser des briques, nettoyer, emballer des objets, marcher, danser et courir. La pose de briques est la plus parlante côté industrie. Elle exige précision et adaptation, car la machine doit tenir compte des variations de taille des briques, de la consistance du mortier et des irrégularités de surface.

La marche, la danse et la course sont souvent balayées comme des gadgets. Elles traduisent pourtant une maîtrise de l’équilibre et du mouvement dynamique dans l’espace, donc des problèmes résolus de répartition du poids, de gestion de l’énergie et de contrôle en temps réel. Un robot capable de courir a de meilleures chances de ne pas trébucher sur un terrain accidenté.

Construction, horticulture et logistique en priorité

Le HAC cible d’abord des secteurs où l’Europe dispose d’une expertise profonde mais souffre de pénuries de main-d’œuvre aiguës. La construction néerlandaise manque de bras, en particulier pour les tâches dangereuses ou répétitives comme la maçonnerie. L’horticulture, autre pilier de l’agriculture batave, peine à recruter pour la récolte et l’entretien, surtout en haute saison.

Le calendrier n’a rien d’un hasard. Au CES 2026, 21 des 38 exposants de robots humanoïdes venaient de Chine, soit plus de la moitié du plateau mondial. Les livraisons de ces machines pourraient bondir de 200 % ou plus cette seule année. Le semi-marathon de robots humanoïdes de Pékin, achevé avec plus de 100 équipes, illustre l’intensité de la compétition. Le risque pour l’Europe est clair : si les premiers robots déployés sont tous chinois, ses industries deviendront dépendantes de ce matériel pour des tâches critiques, comme cela s’est produit avec les panneaux solaires et les batteries.

Le pari des solutions spécialisées

Le HAC parie sur la localisation. L’idée n’est pas de bâtir un « humanoïde européen » unique face aux géants chinois, mais de développer des systèmes taillés pour les standards du continent : robots de chantier adaptés aux normes de construction locales, systèmes agricoles pensés pour les cultures et le climat européens, machines logistiques calées sur les dimensions des entrepôts du continent.

La prochaine étape sera décisive : passer des démonstrations à des déploiements réels dans des chantiers, des serres et des entrepôts. Sans ces projets pilotes, le centre risque de redevenir la vitrine qu’il dit refuser d’être. La donnée générée sur le terrain, dans les conditions locales, constituera l’actif compétitif à surveiller.