Pendant que Tesla et les fabricants chinois multiplient les promesses sur leurs humanoïdes, un robot bien français travaille déjà la nuit dans une usine automobile. Il s’appelle Calvin, il est signé Wandercraft, et il décharge des pneus sur la chaîne d’assemblage de l’usine Renault de Douai.
Un robot pensé pour la pénibilité, pas pour le spectacle
Renault a invité quelques journalistes le 8 juin pour rencontrer Calvin lors de son service de nuit. Oubliez les démonstrations de kung-fu ou les semi-marathons des humanoïdes chinois. Calvin n’est pas un humanoïde polyvalent de science-fiction. Développé par la société française Wandercraft, il tient davantage de l’exosquelette autonome. Son approche mise tout sur la sécurité.
Sa mission à Douai est précise : décharger les chariots de pneus pour les envoyer sur la ligne de production. Là où un opérateur s’épuiserait à porter les pneus un par un, Calvin les attrape deux par deux. Ses gestes restent lents et sa démarche un peu maladroite, mais l’intérêt saute aux yeux dès qu’on tente soi-même de soulever les deux pneumatiques.
Trois générations de robots cohabitent déjà
Chez Renault, la robotique n’a rien de neuf. Les premiers bras articulés sont arrivés dès 1976 dans les ateliers de tôlerie. Le groupe en compte aujourd’hui plus de 11 000 dans le monde. À partir de 2015, les chariots automatisés AGV ont pris le relais pour livrer les pièces au bon poste : il y en a plus de 700 rien qu’à Douai.
L’année 2025 marque une rupture. Les robots ne sont plus seulement programmés, ils deviennent autonomes et s’adaptent en temps réel à leur environnement, à condition d’avoir été bien entraînés. Calvin appartient à cette nouvelle vague, encore cantonnée à des tâches ultra-ciblées.
Apprendre à être infaillible avant d’être rapide
Sur une ligne où le taux d’erreur toléré est de 1 pour 1 000, la priorité de Wandercraft est la fiabilité absolue. Calvin doit d’abord apprendre à ne jamais se tromper avant de gagner en vitesse. Ses rotations sont donc limitées à une ou deux nuits par semaine, sous la surveillance d’un ingénieur qui veille à ce qu’il ne bascule pas sur un sol irrégulier.
Le déploiement ne relève pas de la simple promesse aux investisseurs. Une dizaine de robots Wandercraft doivent intégrer les usines du groupe Renault d’ici fin 2026, avec un objectif de plus de 350 unités fin 2027. À terme, ils manipuleront des charges variées, des caisses de 20 à 50 kilos aux pare-brises. Le prochain défi des ingénieurs sera de leur apprendre à saisir des composants souples.
Renault et Wandercraft le répètent : pas de grand remplacement des ouvriers en vue. Ces machines visent les postes les plus ingrats, là où le recrutement vire au casse-tête. Et Calvin coche une case stratégique pour la souveraineté industrielle : il est lui-même fabriqué en France.