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Renault déploie son premier robot humanoïde dans les usines : la startup française Wandercraft livre dès cette nuit à Douai

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Un robot sans tête, avec deux bras et deux jambes, s’occupe depuis quelques jours du transport des pneumatiques dans l’usine Renault de Douai. Son nom : le robot développé par Wandercraft, une startup française dont Renault détient une participation minoritaire depuis juin 2025. La scène paraît anodine, mais elle marque un cap : pour la première fois, un constructeur automobile français déploie un humanoïde en production réelle, sur ses équipes de nuit.

350 robots humanoïdes d’ici l’été 2027

Le 10 mars 2026, lors de la présentation de son plan stratégique baptisé futuREady, Renault a mis des chiffres concrets sur la table. Le groupe vise 350 robots humanoïdes dans ses usines françaises et espagnoles d’ici l’été 2027. L’objectif affiché : réduire de 30 % les heures nécessaires à la fabrication d’un véhicule, et comprimer les coûts de production de 20 % sur cinq ans.

Le choix des tâches confiées aux robots est révélateur de la stratégie du groupe. A Douai, le robot Wandercraft transporte des pneus jusqu’à la chaîne d’assemblage des Scénic et R5 électriques. La charge ? Jusqu’à 40 kg, de façon répétitive, sans limite de temps. Ce sont précisément les tâches que Renault ne cherche pas à confier à ses opérateurs humains. La direction du groupe assure que les robots n’interviendront pas sur les lignes d’assemblage final, là où la dextérité humaine reste indispensable.

Wandercraft, de l’exosquelette médical au robot industriel

Wandercraft n’est pas un acteur venu de nulle part. La startup parisienne a passé plus d’une décennie à concevoir des exosquelettes médicaux pour aider les personnes paralysées à remarcher. Cette expérience en biomécanique et en contrôle de l’équilibre constitue le socle technologique de son robot industriel. La deuxième génération de l’engin a été conçue en seulement 40 jours, selon Renault, en capitalisant sur cet héritage de recherche.

France Inter, qui a diffusé un reportage sur le sujet mercredi 18 mars, confirme que le robot travaille désormais intégré à l’équipe de nuit. Un pas symbolique autant que pratique : les équipes de nuit sont souvent les plus difficiles à pourvoir, et les tâches physiquement éprouvantes y sont concentrées.

Une course que Renault ne court pas seul

Renault s’inscrit dans un mouvement de fond qui traverse l’industrie automobile mondiale. BMW teste des robots humanoïdes dans son usine de Leipzig depuis plusieurs mois. Mercedes déploie des robots Apollo dans ses sites hongrois. Hyundai, de son côté, annonce jusqu’à 30 000 unités d’ici 2030.

Les chiffres des analystes donnent la mesure de l’enjeu. La banque Barclays évalue le marché des robots humanoïdes industriels entre 30 et 200 milliards d’euros d’ici 2035, contre 5 milliards aujourd’hui. Goldman Sachs et UBS anticipent plus d’un million d’unités déployées dans le monde dans dix ans.

Concrètement, le cas Renault illustre un changement de phase : on passe de la démonstration technique au déploiement opérationnel. Le robot ne danse plus sur YouTube. Il travaille de nuit à Douai.

Notre analyse

Le pari de Renault repose sur une logique économique simple : un robot qui soulève 40 kg toute la nuit, sept jours sur sept, sans arrêt maladie ni prime de nuit, a un retour sur investissement calculable. C’est précisément ce qui distingue ce déploiement des annonces marketing habituelles du secteur.

Wandercraft bénéficie d’un avantage concurrentiel réel : son ADN médical lui a fourni des années de données sur l’équilibre bipède et la manipulation d’objets dans des environnements contraints. C’est un profil rare dans le paysage européen de la robotique humanoïde, dominé par des acteurs américains et asiatiques.

Reste la question syndicale. Renault n’a pas encore communiqué sur les discussions avec les représentants du personnel concernant ce déploiement. Dans un contexte de tensions sociales récurrentes dans l’industrie automobile, la manière dont le constructeur gérera la transition sera au moins aussi importante que la technologie elle-même.

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