Rocket Lab a finalisé le 26 mai l’acquisition de Motiv Space Systems, une PME californienne spécialisée dans la robotique spatiale, les systèmes de contrôle de mouvement et les mécanismes de précision pour satellites et sondes. L’entreprise, immédiatement rebaptisée Rocket Lab Robotics, apporte avec elle un pedigree rare dans l’industrie : c’est elle qui a conçu et fabriqué le bras robotique du rover Perseverance, considéré comme le plus performant jamais déployé sur Mars en termes de capacité de charge, de précision et de capteurs embarqués.
Le bras le plus capable jamais envoyé sur Mars
Motiv est une boîte de cinquante personnes basée à Pasadena, au cœur du tissu industriel qui gravite autour du Jet Propulsion Laboratory de la NASA. Au-delà du bras de Perseverance, l’entreprise a livré les molettes de zoom, de focus et le carrousel de filtres de l’imageur principal du rover, les actionneurs des CADRE Lunar Rovers qui doivent voler vers la Lune dans les prochains mois, et toute une famille de mécanismes critiques pour des missions scientifiques. Bref, quand la NASA, Lockheed Martin ou Northrop Grumman ont besoin d’un actionneur qui doit fonctionner après dix-huit mois de croisière interplanétaire et des années de cycles thermiques à moins 90 degrés, ils vont voir Motiv.
Mars Sample Return et le pari de la mission de bout en bout
L’acquisition transforme Rocket Lab. L’entreprise dirigée par Sir Peter Beck, déjà cotée au Nasdaq sous le ticker RKLB, devient l’une des très rares sociétés au monde capables d’offrir une mission martienne de bout en bout : le lancement, le satellite, le logiciel de pilotage et la robotique de surface dans une seule maison. C’est exactement le positionnement qu’il faut pour candidater à Mars Sample Return, le programme phare de la NASA qui doit ramener sur Terre les échantillons collectés par Perseverance, et qui cherche désespérément à réduire ses coûts depuis que le budget initial a explosé. C’est aussi un argument de poids pour le Mars Telecommunications Network, le réseau d’orbiteurs relais que la NASA veut déployer pour soutenir les missions humaines et robotiques de la prochaine décennie.
« Avec Motiv désormais dans l’équipe Rocket Lab, on a tout ce qu’il faut pour mener la prochaine ère de l’exploration martienne et soutenir les infrastructures spatiales les plus exigeantes de demain », a déclaré Peter Beck. Le PDG cite explicitement le retour d’échantillons martiens, le déploiement de la prochaine génération d’orbiteurs et de rovers planétaires, le soutien aux missions critiques de sécurité nationale, et les grandes constellations à venir.
Le pari caché : les data centers orbitaux
Mais le calcul de Rocket Lab dépasse largement Mars. La société voit dans Motiv un fournisseur captif pour une vague qui s’annonce massive : les data centers orbitaux. Ces fermes de calcul en orbite, poussées par les hyperscalers qui cherchent à externaliser le coût énergétique de l’IA, vont demander des panneaux solaires capables de générer 100 kilowatts et plus, donc des solar array drive assemblies (SADA) ultra-précis pour pointer en permanence le Soleil pendant que la station tourne autour de la Terre.
Or fabriquer un SADA qui tient le coup sur dix ans dans le vide, avec les variations thermiques extrêmes et les couples mécaniques que ces grandes voilures imposent, c’est exactement le cœur de métier de Motiv. Idem pour les gimbals d’antennes pointées vers le sol, les actionneurs de propulsion, les molettes de filtres des télescopes. En internalisant ces briques, Rocket Lab verrouille une partie de la chaîne de valeur que les constellations Starlink, Kuiper ou les futures fermes de calcul orbitales ne pourront pas contourner.
L’opération s’inscrit dans une stratégie d’intégration verticale assumée. Rocket Lab fabrique déjà ses cellules solaires haut rendement et ses sous-systèmes électroniques satellites. Avec Motiv, le groupe ajoute la robotique et les mécanismes de précision. Chris Thayer, désormais ex-CEO de Motiv, l’a résumé en une phrase à l’annonce : « Motiv a été bâti autour de l’idée que la robotique avancée et les systèmes de contrôle de mouvement deviendraient de plus en plus importants pour l’avenir de l’exploration spatiale et de l’infrastructure spatiale. »
L’équipe de cinquante ingénieurs de Pasadena rejoint un réseau Rocket Lab qui couvre déjà la Californie, la Virginie, le Colorado, le Maryland, le Nouveau-Mexique, l’Arizona, le Canada, l’Allemagne et la Nouvelle-Zélande. Le calendrier de Mars Sample Return reste flou côté NASA, mais le positionnement industriel est désormais clair : si la mission redémarre, Rocket Lab veut être l’interlocuteur unique de bout en bout.
Source : GlobeNewswire / Rocket Lab