Sur le camp de manœuvre de Saint-Cyr Coëtquidan, en Bretagne, l’armée française prépare discrètement ses combats de demain. L’unité Pendragon, composée de drones aériens, de robots terrestres et de munitions intelligentes coordonnés par intelligence artificielle, vise une autonomie complète sur le terrain dès 2027.
Une compagnie sans soldats exposés
Le concept est simple dans son ambition et complexe dans son exécution. Le lieutenant-colonel Christophe, du commandement du combat futur de l’armée de terre, résume l’enjeu : « Au lieu d’exposer 120 à 130 soldats au combat, on enverra nos robots, nos drones. » Pendragon est conçue pour remplir les missions d’une compagnie d’infanterie complète, sans mettre de combattants en danger direct.
Ce qui rend Pendragon différent des unités robotisées qui existent déjà, notamment en Ukraine, c’est le niveau d’autonomie visé. Sur les théâtres actuels, chaque drone ou robot dispose encore de son propre pilote humain. Ici, les intelligences artificielles sont aux commandes. Lors d’un exercice récent à Saint-Cyr, un drone d’attaque a décollé, traversé un vallon escarpé sur 1 600 mètres, contourné des obstacles, évité les menaces reconnues par ses capteurs, et atteint son objectif, le tout sans aucune intervention humaine.
Robots armés mais pas tueurs autonomes
La nuance est importante. Le colonel Thibault Capdeville, de l’agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense, insiste : « Ce sont des robots armés, mais ce n’est pas parce qu’ils sont armés que ce sont des robots tueurs. » L’unité reste sous le commandement d’un capitaine, qui dirige l’ensemble du système comme il le ferait avec 150 à 170 soldats conventionnels. La décision finale, notamment pour l’engagement, demeure humaine.
Le programme Pendragon regroupe des drones aériens capables de navigation autonome, des drones terrestres polyvalents et des munitions à guidage intelligent. L’ensemble est piloté par des couches IA qui gèrent la coordination, la reconnaissance des menaces et l’adaptation en temps réel aux conditions du terrain.
Calendrier et portée stratégique
Le calendrier annoncé est serré. Dès 2027, l’armée de terre française prévoit de conduire des missions sur le terrain en autonomie complète avec ses robots et ses drones. L’unité Pendragon doit être pleinement opérationnelle en 2028. Elle ne défilait pas encore sur les Champs-Elysées ce 14 juillet, mais l’armée française n’exclut pas cette vitrine symbolique pour une prochaine édition.
Ce programme s’inscrit dans un contexte plus large de militarisation des technologies robotiques et IA en Europe. Les conflits récents, Ukraine en tête, ont accéléré la prise de conscience : les armées qui maîtrisent la robotique autonome disposent d’un avantage opérationnel décisif, tant en termes de capacité de frappe que de préservation des vies humaines engagées.
La France dans la course
La France n’est pas seule sur ce terrain. Les États-Unis, la Chine, Israël et plusieurs pays européens développent activement des capacités robotiques militaires. L’originalité du programme Pendragon tient à son ambition d’intégration systémique : pas un robot isolé, ni un drone téléopéré, mais une unité de combat cohérente où des machines hétérogènes communiquent et agissent ensemble sous supervision IA. C’est cette coordination qui représente le vrai défi technologique, et que Saint-Cyr travaille à résoudre brique par brique.
Source : Franceinfo