Stellantis vient d’officialiser son pari sur l’IA britannique de Wayve pour rattraper Tesla, Waymo et les constructeurs chinois sur la conduite autonome. Le groupe automobile, propriétaire de Jeep, Ram, Peugeot, Fiat et Chrysler, va intégrer le logiciel AI Driver de la startup londonienne dans sa plateforme maison STLA AutoDrive, avec un premier véhicule prévu pour 2028 en Amérique du Nord.
L’annonce a été faite conjointement à Amsterdam et Londres le 21 mai, puis a ressurgi dans la presse spécialisée cette semaine quand Stellantis a confirmé que le développement précoce sur ses véhicules avait déjà commencé. Concrètement, les équipes Wayve ont monté un prototype fonctionnel en moins de deux mois sur une plateforme Stellantis, selon Alex Kendall, cofondateur et CEO de Wayve.
Un Level 2++ porte-à-porte, prélude vers l’autonomie complète
Le premier produit livré sera un système de conduite mains libres supervisée, classé Level 2++ par les deux entreprises, fonctionnant aussi bien sur autoroute qu’en milieu urbain. Pas de robotaxi à la Waymo dans un premier temps : le conducteur reste responsable, mais peut lâcher le volant sur la quasi-totalité d’un trajet porte-à-porte. C’est exactement le créneau que Tesla occupe avec son Full Self-Driving aux États-Unis.
La plateforme STLA AutoDrive, dévoilée par Stellantis en février 2025, a été conçue comme socle commun pour tous les futurs véhicules du groupe. Elle accueillera donc Wayve comme premier partenaire IA externe, aux côtés de STLA Brain pour le calcul embarqué et STLA SmartCockpit pour l’interface homme-machine.
Une approche IA end-to-end qui se passe de cartes HD
La technologie Wayve se distingue de Waymo ou Cruise par une approche dite « end-to-end ». Au lieu de s’appuyer sur des cartes 3D pré-construites et des règles codées en dur, le logiciel apprend directement à conduire à partir de données vidéo, à la manière d’un conducteur humain. L’avantage : le système se généralise plus vite à de nouvelles villes ou de nouveaux pays sans réingénierie lourde. L’inconvénient : la validation réglementaire reste plus complexe, car le comportement émerge du réseau de neurones.
Pour Stellantis, c’est aussi un moyen de gagner du temps. Le constructeur a déjà investi dans Wayve lors de la levée de fonds Série D bouclée en février, à hauteur de 1,2 milliard de dollars. Mercedes-Benz, Nissan, Microsoft, Nvidia et Uber participaient à ce tour. Nissan avait signé un accord similaire dès avril 2025 pour la prochaine génération de son ProPilot.
Pourquoi l’Amérique du Nord d’abord
Le choix de lancer en 2028 sur le marché nord-américain n’est pas anodin. Stellantis y vend principalement des Jeep, Ram, Chrysler et Dodge, des modèles à fort kilométrage où la conduite assistée sur autoroute représente un argument commercial direct face à Ford BlueCruise, GM Super Cruise et Tesla. L’Europe suivra une fois le cadre réglementaire UN-R157 mis à jour pour autoriser le Level 3 hors autoroute.
« Notre approche IA est conçue pour se généraliser à différentes géographies et types de véhicules », souligne Wayve dans son communiqué. Traduction : un même réseau de neurones doit pouvoir piloter une Jeep Grand Cherokee à Detroit, une Fiat 500 à Rome ou un Ram 1500 au Texas. Si le pari fonctionne, Stellantis se positionne comme l’un des seuls constructeurs occidentaux capables de déployer la conduite autonome à l’échelle de son portefeuille mondial.
Le retard européen face à la Chine
L’enjeu dépasse Stellantis. Pendant que les constructeurs chinois XPENG, BYD et Li Auto déploient déjà des fonctions de conduite autonome niveau 2++ sur leurs véhicules vendus en Chine, l’Europe et l’Amérique du Nord accusent un retard de plusieurs années. XPENG vient même de démarrer la production de masse de son robotaxi GX à Guangzhou. En misant sur Wayve, Stellantis fait le choix d’une IA britannique souveraine pour ne pas dépendre des solutions chinoises ou de Mobileye. Reste à transformer l’essai d’ici 2028.
