Première mondiale dans la logistique postale. China Post Group vient d’intégrer des robots humanoïdes au centre logistique de Jianggao, à Guangzhou, dans le sud de la province du Guangdong. Selon les images diffusées cette semaine par l’agence Xinhua et reprises par la presse spécialisée, ces machines bipèdes trient désormais jusqu’à 1 200 colis par heure, aux côtés de bras robotiques classiques et de chariots élévateurs autonomes.
Un hub qui traite 6,5 millions de plis par jour
Le site de Jianggao est l’une des plus grosses plateformes postales de Chine. En régime normal, il manipule 6,5 millions d’envois quotidiens, et le volume grimpe au-delà de 10 millions en pic. Face à cette cadence, China Post a multiplié les briques d’automatisation depuis plusieurs années : convoyeurs intelligents, vision artificielle, AGV, bras de tri. L’arrivée des humanoïdes marque une rupture, parce qu’ils ne nécessitent pas de réaménager la chaîne.
Contrairement aux îlots robotisés traditionnels qui imposent un layout dédié, un humanoïde se déplace dans les couloirs existants, attrape un colis dans une caisse posée au sol et le pose sur une bande. Le robot s’insère dans une infrastructure pensée pour des opérateurs humains, sans démontage ni reconfiguration. C’est précisément ce qui intéresse les opérateurs logistiques chinois, à un moment où la pénurie de main-d’œuvre s’intensifie dans la région du Pearl River Delta.
La logistique, terrain d’élection des humanoïdes chinois
Le déploiement de Guangzhou s’inscrit dans une stratégie nationale plus large. Pékin pousse la commercialisation des robots humanoïdes via un guide industriel publié par le ministère de l’Industrie (MIIT), et le récent système d’identification numérique des humanoïdes confirme la volonté de mettre ces machines en production réelle, pas seulement en démonstration. Les fabricants chinois se positionnent sur les entrepôts, la manutention, le service public et la santé, en s’appuyant sur une supply chain locale qui pèse désormais lourd dans le coût total d’une machine.
Le centre de Jianggao combine plusieurs technologies dans un même flux : humanoïdes pour les manipulations changeantes, bras fixes pour les gestes répétitifs, chariots autonomes pour les déplacements lourds. Les images Xinhua montrent une coordination entre ces équipements via une couche logicielle commune, avec identification des colis par vision et routage automatique vers la bonne ligne de tri.
Encore des questions sur la fiabilité longue durée
Reste à voir si les humanoïdes tiennent dans la durée. Un bras industriel classique fonctionne en 3×8 pendant des années avec une maintenance limitée. Une machine bipède reste mécaniquement complexe, plus chère à entretenir, et son intérêt économique dépend de sa capacité à absorber des tâches variées que les robots fixes ne savent pas faire.
L’enjeu pour China Post n’est pas tant la cadence brute, déjà atteinte par des solutions plus simples, que la flexibilité. Un humanoïde peut basculer du tri au déchargement, du chargement à l’inventaire, sans changement de poste. Sur un site qui passe de 6,5 à 10 millions de plis par jour selon les périodes, cette polyvalence vaut son prix. Si l’expérimentation tient ses promesses, China Post devrait étendre le dispositif à d’autres centres de tri, et fournir au passage un terrain de validation grandeur nature à plusieurs constructeurs chinois.
Source : Interesting Engineering, reprise des images People’s Daily / Xinhua.