Chine et Asie

AgiLink atteint le milliard de dollars de valorisation en moins de 150 jours, la course aux mains robotiques chinoises s’emballe avec Xiaomi et Li Auto en soutien

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

La main robotique est devenue le goulot d’étranglement le plus convoité de la robotique humanoïde. En Chine, capital-risqueurs et géants industriels se ruent sur les startups capables de produire ces composants. Résultat : des valorisations qui explosent en quelques mois, des tours de table bouclés en un trimestre, et des licornes qui apparaissent à un rythme inédit dans la filière. Dernier exemple en date, AgiLink a franchi le seuil du milliard de dollars de valorisation en moins de 150 jours d’existence selon le South China Morning Post.

Quatre tours de table en cinq mois pour AgiLink

AgiLink est née en janvier 2026, par essaimage depuis le constructeur d’humanoïdes AgiBot, l’un des acteurs vedettes du secteur en Chine. La startup s’est spécialisée dans la main robotique dextre, c’est-à-dire l’extrémité polyarticulée qui permet à un humanoïde d’attraper, manipuler, et reposer des objets avec une dextérité proche de la main humaine. En cinq mois, elle a enchaîné quatre tours de table, dont le dernier la propulse au statut de licorne, selon des informations rapportées par le média chinois The Paper et plusieurs organes de presse d’État.

Wu Meimei, analyste senior chez ITJuzi, qui suit le marché chinois du capital-risque, parle d’un record. « Atteindre le statut de licorne en moins de 150 jours est sans précédent dans le segment des composants pour humanoïdes », résume-t-elle. AgiLink n’a pas répondu aux sollicitations de la presse, conformément à la stratégie de discrétion de la maison-mère AgiBot, mais le mouvement de fond est visible dans tout l’écosystème.

Xynova, soutenue par Xiaomi et Li Auto

Le même schéma se répète chez Xynova, startup basée à Hangzhou. Vendredi, l’entreprise a annoncé la clôture de sa série A, avec une participation des bras d’investissement de Xiaomi et du constructeur de véhicules électriques Li Auto. Le capital cumulé levé approche désormais 1 milliard de yuans, soit environ 148 millions de dollars. Cette annonce intervient seulement deux mois après le tour précédent, ce qui illustre la vitesse à laquelle les capitaux se mobilisent pour ces sociétés.

La présence des constructeurs automobiles comme Li Auto, et des géants tech comme Xiaomi, n’est pas anodine. Ces groupes développent eux-mêmes des humanoïdes ou des plateformes embodied AI, et la main dextre est un composant qu’ils préfèrent sécuriser via une prise de participation plutôt que de redévelopper en interne. Le même calcul se voit chez les fabricants américains, mais à un rythme nettement plus lent.

Pourquoi la main est devenue stratégique

Dans la chaîne de valeur d’un humanoïde, la main représente un défi technique disproportionné par rapport à sa taille. Il faut intégrer une vingtaine d’actionneurs dans un volume réduit, transmettre les efforts via des câbles ou des moteurs miniatures, et coupler le tout à des capteurs tactiles capables de sentir la pression et la texture. Les meilleures mains chinoises atteignent désormais des niveaux de dextérité qui permettent d’enfiler une aiguille, comme l’a démontré une démo à l’Expo Mondiale de l’Intelligence à Tianjin le 28 mai.

Sans main fiable, un humanoïde reste cantonné aux tâches de manutention grossière. Avec une main dextre maîtrisée, il peut basculer vers l’assemblage électronique, le tri fin, la manipulation chirurgicale ou domestique. C’est ce changement d’échelle qui justifie les valorisations actuelles. La Chine pousse l’avantage en cumulant trois leviers : une supply chain locale d’actionneurs miniatures, une politique industrielle volontariste, et un marché captif chez ses propres constructeurs d’humanoïdes. Les acteurs occidentaux qui n’ont pas verrouillé leur supply de mains dextres en 2026 risquent de découvrir, dans 18 mois, que les meilleures briques sont déjà bloquées par des participations chinoises.

Source : South China Morning Post.