Le marché des robots humanoïdes est en pleine effervescence, mais tous les investisseurs ne partagent pas l’enthousiasme général. Selon une analyse de Business Insider publiée ce mercredi, plusieurs fonds de capital-risque influents de la Silicon Valley font délibérément l’impasse sur les humanoïdes pour parier sur des robots à roues, jugés plus efficaces dans la plupart des environnements de travail réels.

Le syndrome de la « forme humaine »
Ajay Agarwal, associé chez Bain Capital Ventures et l’un des premiers investisseurs dans Kiva Systems (racheté par Amazon pour 775 millions de dollars en 2012), résume le problème : « La théorie des humanoïdes, c’est que le monde est conçu pour les humains, donc créons une machine qui ressemble à un humain. Mais ça pourrait n’être qu’un tour de passe-passe. »
Son argument est mécanique. Les jambes doivent porter une batterie lourde dans le torse, ce qui augmente la consommation énergétique et crée un risque de chute. Les roues ou les chenilles n’ont pas ce problème. « Il y a une raison pour laquelle les humains pilotent des avions et conduisent des voitures. Les roues et les ailes sont plus efficaces que la marche. »
Trois alternatives déjà financées
Les sceptiques ne restent pas les bras croisés. Khosla Ventures et Eric Schmidt, l’ancien PDG de Google, ont financé Genesis AI, dont le robot Eno n’a ni tête ni jambes. Il roule sur une base et concentre ses ressources sur deux bras capables de cuisiner ou de jouer du piano.
Bain Capital Ventures et le fonds Conviction de Sarah Guo ont misé sur Sunday Robotics, un robot domestique à roues. De son côté, Greenoaks de Neil Mehta a investi dans The Bot Company, une startup fondée par Kyle Vogt, l’ancien PDG de Cruise, sur le même concept.
Eclipse, un fonds spécialisé dans les startups du monde physique, a constitué un portefeuille robotique dense, sans aucun humanoïde. Jiten Behl, ex-Rivian et associé chez Eclipse, est direct : « Pour l’immense majorité des tâches dans un site de production, vous n’avez pas besoin de marcher ni de vous tenir debout. »
L’humanoïde garde ses partisans
Ce courant sceptique ne change pas les chiffres du secteur. Figure AI est valorisée à 39 milliards de dollars. Agility Robotics entre en Bourse à 2,5 milliards. Apptronik a levé 935 millions de dollars. Les partisans de la forme humanoïde répondent que la polyvalence justifie le coût : un robot qui marche peut s’adapter à tous les environnements déjà conçus pour les humains, sans modifier les bâtiments, les meubles ou les processus existants.
Le débat restera ouvert au moins jusqu’à ce que des données de déploiement à grande échelle départagent les deux approches. D’ici là, les ingénieurs et les acheteurs industriels auront le dernier mot.
