La robotique logistique européenne passe un cap. Colruyt Group, l’un des plus grands groupes de grande distribution belges, vient d’annoncer la cession de 70% de ses activités de recherche et développement sur ses transpalettes autonomes (SDV) au groupe allemand KION. Un partenariat stratégique qui vise à industrialiser à grande échelle une technologie déjà en service depuis deux ans.

Deux ans de robots dans les entrepôts, sans incident
L’histoire commence en 2023. Colruyt, en collaboration avec STILL (marque du groupe KION), lance ses premiers transpalettes autonomes dans son centre de distribution de Hal, dans le Brabant flamand. Le principe est clair : Colruyt Group conçoit l’intelligence logicielle, STILL assure l’intégration matérielle. Résultat : des chariots qui naviguent seuls entre les rayons, évitent les obstacles et localisent chaque palette avec précision.
Depuis, deux centres de distribution fonctionnent avec ces SDV (Self-Driving Vehicles). Le bilan est suffisamment positif pour franchir une nouvelle étape. « Les SDV font du travail dans nos entrepôts significativement plus facile. Ils naviguent en toute sécurité autour des personnes et des obstacles, et localisent chaque palette avec une précision remarquable, » explique Koen De Vos, directeur Supply Chain de Colruyt.
Pourquoi vendre la technologie plutôt que de la garder ?
La logique de Colruyt est pragmatique. Industrialiser une technologie robotique à l’échelle mondiale demande des ressources et des réseaux commerciaux que la grande distribution ne possède pas. KION, en revanche, est l’un des leaders mondiaux de la manutention : il contrôle les marques Still, Linde et Dematic, et distribue des équipements logistiques dans des dizaines de pays.
« Le succès des SDV pour le transport horizontal a ouvert de nouveaux horizons à notre équipe d’innovation, » souligne Jo Janssens, directeur de Colruyt Group Technics. « Aujourd’hui, nos ingénieurs développent des logiciels robotiques de pointe, intégrant l’IA et la vision par ordinateur, pour des SDV qui façonneront l’avenir des opérations logistiques. »
La transaction aura un impact positif d’environ 20 millions d’euros sur les comptes de Colruyt Group. Un montant modeste en valeur absolue, mais le vrai gain est stratégique : les ingénieurs belges continuent de travailler sur la technologie, avec un débouché mondial via KION.
La logistique européenne cherche ses robots
Cette annonce s’inscrit dans un contexte plus large. Les entrepôts européens sont sous pression : manque de main-d’oeuvre, hausse des coûts, exigences de livraison en 24h. Les chariots autonomes représentent une solution concrète, moins spectaculaire que les humanoïdes mais immédiatement rentable.
KION, avec ce partenariat, se positionne pour proposer une solution SDV clé en main à tous ses clients logistiques. Le nouveau centre de R&D co-piloté avec Colruyt devrait accélérer le déploiement de prochaines générations de transpalettes autonomes dans les grandes chaînes de distribution européennes. Une robotisation discrète, mais qui pourrait toucher des millions d’entrepôts d’ici 2030.