Agility Robotics va devenir la première entreprise de robots humanoïdes cotée en Bourse. La société a annoncé fin juin une fusion avec Churchill Capital Corp XI, un SPAC piloté par Michael Klein. La transaction valorise Agility à environ 2,5 milliards de dollars et devrait lever plus de 620 millions de dollars de produit brut, la plus grosse levée de l’histoire de la robotique humanoïde.
Digit : du labo universitaire aux chaînes logistiques mondiales
Agility Robotics est née en 2015 comme spin-off de l’Oregon State University. Son robot phare, Digit, est un bipède conçu pour opérer dans les entrepôts et les usines. L’engin ne vise pas les salons : sa cible, ce sont les centres de distribution où les palettes à manipuler ressemblent à celles que les humains chargent et déchargent depuis des décennies.
La PDG Peggy Johnson, ancienne vice-présidente Microsoft et ex-CEO de Magic Leap, refuse de promettre un robot dans chaque foyer. Elle préfère parler de pipeline concret : plus de 300 millions de dollars de revenus multi-annuels contractualisés, représentant environ 1 000 robots en mode « robots-as-a-service ». Les clients paient un abonnement mensuel plutôt qu’un achat sec. Parmi eux : GXO Logistics, Amazon, Toyota Motor Manufacturing Canada, Schaeffler et Mercado Libre.
Pourquoi un SPAC et pas une levée privée classique ?
La voie du SPAC contourne le processus habituel d’introduction en Bourse. Pas de roadshow, pas de pricing public. Pour Johnson, l’avantage est d’abord symbolique : être la première humanoïde cotée en Bourse donne à Agility un avantage de « first-mover » que des levées privées successives n’auraient pas produit.
Le marché ne manque pas de comparaisons. AI2 Robotics a levé 735 millions de dollars à 3 milliards de valorisation fin juin. Apptronik a clôturé 935 millions de dollars début 2026. Figure AI s’est auto-valorisée à 39 milliards de dollars. Par rapport à ces chiffres, les 2,5 milliards d’Agility paraissent mesurés.
Résultat : les fonds de capital-risque qui voulaient s’exposer au secteur sans attendre une IPO traditionnelle ont maintenant un point d’entrée public. La fusion doit encore obtenir l’approbation des actionnaires et la revue de la SEC avant de pouvoir se conclure, probablement avant fin 2026.
Une usine de 6 500 m² pour répondre à la demande
L’argent levé servira à accélérer la production dans le site de fabrication de 70 000 pieds carrés (environ 6 500 m²) à Salem, Oregon, et à honorer les commandes en carnet. Digit mesure 1,73 m, pèse 65 kg et fonctionne sur la base d’un abonnement mensuel. La société ne communique pas le coût de production de l’engin.
Johnson insiste sur un point : « Notre principal concurrent, c’est nous-mêmes. À quelle vitesse on peut exécuter, robot après robot. » Une manière de rappeler que dans la robotique humanoïde, tenir les délais de livraison reste le défi numéro un, loin devant la concurrence directe.
